Le rang de la femme dans l'islam au travers de l'exemple de Râbi’a al-‘Adawiyya

Sur le chemin de l’ascension vers Dieu, l’islam ne fixe aucune différence entre les hommes et les femmes. La distinction existe uniquement dans le chemin inverse, celle du voyage du retour de Dieu à la création, qui est le chemin des « parfaits » appelés à la mission de transmettre aux hommes les messages célestes et de les guider vers Dieu. Cette mission incombe aux hommes car elle est plus compatible avec le caractère masculin.

Cependant, pour affirmer encore une fois que les femmes n’ont pas été exemptes de cet Amour passion qualifié d’épreuve (‘eshq), de cet état d’âme que nous avons appelé fléau, citons l’exemple de Râbi’a al-‘Adawiyya qui, bien avant Hallâj et les autres grands maîtres soufis, s’y est adonnée de tout cœur. Sa ferveur brûlante l’a fait se détourner des créatures, dans l'espoir de s’unir au Créateur : « "Lâ janna wa lâ nâr, siwâ Allâh" : Ni paradis, ni enfer, seulement Dieu ».

Ibn Arabî, le plus grand Maître de la mystique musulmane (Sheikh Akbar), a confirmé dans ses écrits qu’aucune station spirituelle n’est fermée ou interdite aux femmes. Ces dernières font parties des « hommes » (rijâl), à chaque fois que le mot homme (rajul) est employé au pluriel pour désigner les cheminants sur la Voie.

Par le mot « cheminant » nous entendons sâlik, à savoir tout homme ou femme dont le cœur est imprégné par la quête de l’absolu, et qui avance dans la Voie de la Perfection.

Sous cet angle, Râbi’a al-‘Adawiyya est sans doute l’un des premiers chantres de l’Amour divin. Un siècle après la mort du Prophète (s), elle a inauguré l'expression la plus forte qualifiant l’état des Amoureux de Dieu, ceux qui sont à tout instant en présence d’un « Au-delà » dont ils goûtent les saveurs « Ici-bas » : « Que Tu me lies à Toi. Car tel est mon ultime désir ».

Les termes qu'elle emploie font preuve de l’élévation de son âme : « ... mon désir de Toi est mon viatique ».

Ses poèmes sont plutôt des entretiens secrets entre elle et son Dieu :

 

U-hibbuka hubbayn, hubba al- hawâ

Wa hubbân li- annaka ahlun li- dhâkâ …

 

Je T’aime de deux amours : l’un, tout entier d’aimer,

L’autre, pour ce que Tu es digne d’être aimé.

 

Le premier, c’est le souci de me souvenir de Toi,

De me dépouiller de tout ce qui est autre que Toi.

 

Le second, c’est l’enlèvement de tes voiles

Afin que je Te voie.

 

De l’un ni de l’autre, je ne veux être louée,

Mais pour l’un et pour l’autre, louange à Toi ! ...

 

Comme tout autre Amoureux, Râbi’a cherche à susciter une attention particulière chez l’Etre Aimé. Elle s’adresse à Lui avec des termes que seul celui qui aspire à l’amour spirituel pourrait prononcer : « Ô Toi ma Joie ..., ô Toi mon Appui ..., ô Toi mon Désir ..., ô Toi mon Confident ..., ô Toi mon Compagnon ..., ô Toi ma Provision, ô Toi mon But, ô Toi mon Espoir, " » ... Voici des appellations que nous retrouvons auprès de tous ceux chez qui la jonction avec le Pur Amour est réalisée, chez tout aspirant à la Vérité qui souffre de la séparation du Bien-Aimé.

L’histoire nous a transmis une anecdote, vraie ou forgée, mais très expressive de la puissance de sa foi. On dit qu’elle marchait dans les rues de Bagdad, portant une torche et un seau d’eau :

« "Je m'en vais pour incendier le Paradis et noyer l'Enfer, de sorte que ces deux voiles disparaissent complètement devant les yeux des pèlerins et que le but leur soit connu, et que les serviteurs de Dieu Le puissent voir " ». Les hommes, ajoutait-elle, n'adorent Dieu que par crainte de Son châtiment ou par convoitise du paradis. Pour que leur Amour ne soit pas conditionné par la menace et la promesse, Râbi’a al-Adawiyya cherchait à apprendre aux gens la vraie dévotion, celle de L'adorer pour Lui, par pure aspiration à contempler Sa Face.

(en arabe : رابعه العدویه) (714-801) célèbre mystique musulmane du VIIIe siècle, née à Basra. Elle est très vénérée aujourd’hui, même si très peu d’écrits restent d’elle. Elle ne s’est consacrée qu’à Dieu. Elle est considérée comme la première grande voix du soufisme.

De l’album Fleurs du Sirr réalisé en hommage à Râbi’a al-Adawiyya, par l’Ensemble vocal féminin RABI’A. Constitué en France en octobre 2003. Cet ensemble rassemble des femmes soufies issues d’horizons culturels divers. Leur but est d’interpréter les chants sacrés.

Idem

Idem

Traduit en français par Mohammed Oudaimah et Gérard Pfister in « Les Chants de la recluse », Arfuyen, 2006. Voir aussi pour le poème intégral de Râbi’a : Sufi Poems, a mediaeval anthology, compiled and translated by Martin Lings, 2004, Cambridge, p. 3. Texte arabe avec traduction anglaise en regard.

Cette phrase est citée par le Professeur Ralph Stehly, dans le site : http://www.persocite.com/orient/rabia.htm . L'internet offre beaucoup de sources dans toutes les langues sur cette grande femme soufie qui illustre par excellence la sensibilité de l’Amour spirituel féminin.

Abdurrahmân Jâmi (en persan : عبدالرحمان جامی) lui a consacré une courte notice dans son Nafahât ol-Uns (en arabe : نفحات الانس), pp. 613 et 614. Edition de Mahmûd Abedi, Enteshârât Ettela'ât, Téhéran, 1370.

 

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