La place de Mowlânâ en tant qu’héritage spirituel des Iraniens

Sous le large toit du bazar de Konya, les coups des gros marteaux retentissaient sur l’enclume. Jalâl ad-Dîn Mohammad passait par là accompagné de quelques disciples. Le tintamarre des orfèvres et les coups qui venaient s’abattre sur les pièces d’or lui firent soudain pousser un formidable cri. Il rugit d’extase, et le voici, oubliant la présence de ses compagnons, des marchands du bazar et des passants, qui se mit à tournoyer et à se livrer à une séance d’audition spirituelle (samâ') dont la musique n’était autre que ce même bruit rythmé des hommes au travail. Ses adeptes aussitôt l’imitèrent. L’un des marchands du bazar, Salâheddîn Zarkûb, un vieil homme - fidèle de Jalâl ad-Dîn depuis les années où ce dernier, encore grand savant en sciences exotériques, donnait des cours de droit musulman - resté un fervent disciple fidèle de l’homme que l’on avait depuis surnommé Mowlânâ (notre Maître), dit à ses employés: « Tant que notre Maître (Mowlânâ) demeure dans son état de samâ’, n’arrêtez pas de battre l’or, quitte à ce que nous gâchions tous les morceaux d’or sur lesquels nous travaillons... »

Cet état d’âme se répéta de la même sorte pour Mowlânâ, lors de sa brève rencontre avec Shams-ed-dîn Mohammad ibn Malekdâd Tabrîzî, le 15 novembre 1244.

Depuis l’arrivée à Konya de Shams-ed-Dîn Tabrîzî, derviche habillé en marchand, Jalâl ad-Dîn Mohammad, prédicateur dont le prêche attirait une si grande audience dans la ville, ce juriste renommé d’Anatolie, mit définitivement de côté ses prêches et son éloquence.

Jalâl ad-Dîn Mohammad se rappelait que son père Baha Walad jouissait d’un grand respect et qu’en raison de sa personnalité forte et imposante, il avait été surnommé Seigneur. A son tour, il décida de nommer Seigneur ce derviche inconnu et abandonna ses livres et son enseignement pour s’adonner à la danse et à cet instrument de musique appelé rabâb (viole).

Son héritage (qui créa tant d’histoires par la suite), dédié à tous ceux qui vinrent après lui ou après son fils, Sultan Walad, et qui se considérèrent comme ses adeptes et se sont appelés la Mowlawîyya (les derviches tourneurs), fut cette danse avant tout, qu’il appelait samâ’ parce qu’elle provenait d’une audition spirituelle de l’Appel de Dieu.

 

Bângi ’ajaba z âsemân dar miresad har sâ’ati

Minashnavad ân bâng râ ellâ ke sâheb hâlati (Gh., 2442, 1)

Un Appel extraordinaire nous arrive à tout moment du ciel

Seul l’entend celui dont l’âme est prête à s’exalter

Cette « audition » gouvernait tous les actes de Jalâl ad-Dîn Mohammad. C’est ainsi qu’il délégua la pratique de l’enseignement soufi à ses amoureux. Il leur apprit la danse solaire : le fait de tourner plein d’extase mais en toute modestie et sans aucune prétention devant le Bien-Aimé. Il leur apprit le dervichisme : se sentir un très humble serviteur de Dieu et ne dépendre de rien d’autre. Sa danse, simple en apparence, obéissait hermétiquement à la règle et au critère principal de cette « audition ». Le samâ’ de Mowlânâ Jalâl ad-Dîn était loin de ressembler à un spectacle profane et à de simples mouvements rythmés ou à des airs simplement mélodieux. L’éminent chercheur de la littérature iranienne, le célèbre iranologue Abdolhossein Zarrînkûb, également connu pour ses recherches approfondies sur Jalâl ad-Dîn Mohammad Balkhî Rûmî et ses œuvres, décrit cette danse dans son livre intitulé Pelleh pelleh tâ molâqât-e Khodâ (Etape par étape jusqu'à la rencontre de Dieu) :

« Les gestes de la main signifiaient la non-dépendance du danseur envers tout ce qu’exhibe le monde comme tentation. Le pied qui battait le sol écrasait l’ego. Le danseur se mouvait d’un rythme régulier et sautait d’un pas allègre... et l’ensemble de cet état, formait le samâ’, une danse qui exprimait toute sa langueur et toute son aspiration à l’union. »

Mais est-ce que la danse des derviches tourneurs qui ont succédé Jalâl ad-Dîn Mohammad a eu des motivations et des bases aussi solides et à la fois mystérieuses ?

Ce qui de nos jours est appelé samâ’, est-il un acte fondé, pensé, médité?

La réponse à cette question qui a préoccupé de nombreux juristes (fuqahâ') demande une réflexion et une recherche sérieuses. Certains juristes continuent de désapprouver cette pratique de la danse mystique. La vraie cause en est que le samâ’ qui s’effectue de nos jours en public, est, à priori, dénudé de spiritualité profonde et ne suscite qu’un plaisir passager chez les spectateurs.

 

Le monde comme khânqâh de la présence de Dieu

 

Nous ne sommes pas sans savoir que les effets de la foi et de l’enseignement de Mowlânâ Jalâl ad-Dîn et de l’héritage de Mowlânâ n’ont assurément rien à voir avec cette querelle d’esprits superficiels. Jalâl ad-Dîn a légué à ses descendants le goût de l’Amour envers le Créateur et la soumission à Ses ordres. Il a suffi qu’il danse une seule fois en public pour libérer tout un peuple de la haine. Grâce à cette danse, des millions de gens sont entrés dans l’islam et continuent d’y entrer car la foi ne se communique pas par le biais de la langue. Ceux d’entre les hommes qui sont plus émotifs, les plus sensibles, viennent à la foi par la beauté. La grande majorité de l’Afrique a adopté l’islam grâce au soufisme.

En Iran, l’islam ne s’est véritablement installé qu’à l’époque du soufi Abû Sa’îd Abû-l-Khayr, grand mystique et poète persan, (né en 357 de l’Hégire / 967 ; mort en 440 de l’Hégire / 1050). D’autre part, comme le soufisme remonte aux pratiques des Imâms (as) et en particulier à l’Imâm 'Alî (as) et à l’Imâm Rezâ (as), on peut affirmer que ces pratiquants ont reçu leur assentiment.

 

D’après les chercheurs, la voie du soufisme s'est considérablement développée depuis le Vème siècle de l’Hégire. Elle s’est répandue parmi les classes populaires. Même des émirs et des rois célèbres fréquentèrent les séances des maîtres soufis et leur confièrent des missions de médiation. C’est à cette époque que remontent les tensions entre les partisans du Cœur et les partisans de la raison. Les partisans de la raison sont les philosophes célèbres. Ils accusaient les soufis et les partisans du Cœur d’apporter l’innovation et il arrivait que cette accusation aille jusqu’aux limites du meurtre de l’adversaire.

C’est dans ces circonstances que Mowlânâ, à plusieurs reprises et afin de repousser les objections et écarter les idées fausses des adversaires, s’est vu obligé de s’engager dans les débats des juristes. En pratique, il cheminait sur la voie du soufisme et accordait une grande importance à l’expérience vécue. Il ne se limitait pas à la science pure et à la simple compréhension de l’existence.

Ce que nous déduisons de la pensée de Jalâl ad-Dîn Balkhî et ce que l’on relève dans l’œuvre poétique de ce grand savant est son engagement dans l’exposé de la doctrine ésotérique de l’islam. Dans ses poèmes porteurs de profondes significations métaphysiques, il ne se donne aucune limite dans l’expression poétique ni dans la métrique. Dans la pratique soufie, il fut un maître irréprochable, ayant libéré son cœur des limites du taqlîd (imitation) de ceux qui n’obéissent qu’aux commandements déduits par l’effort des juristes. Son savoir peut se mesurer par l’étendue de son influence dans le temps et dans l’espace.

Les maîtres soufis ont tous reconnu Jalâl ad-Dîn Mohammad Balkhî comme leur Maître. Ils ont hérité de ses enseignements et n’ont jamais cessé de les répandre. Ils continuent encore à se réclamer de lui et de son exemple, lui qui vécut au XIIIe siècle.

Son œuvre poétique fut d’une facture inégalée et contribua tant à l’enrichissement qu'à la survie de la langue persane. Mais il est aussi la fierté de l’islam, ayant formulé une doctrine de l’Amour tout à fait conforme à l’enseignement du Coran et à la tradition des Imâms (as). Pour lui, l’Amour est la religion de Dieu et se manifeste sous toutes les formes pour transformer les hommes. Il agit souvent bien plus rapidement que les discours de ceux des prédicateurs qui enseignent par des arguments rationnels ou les formes des rites.

Il considérait à juste titre que le monde est un immense khanqâh (couvent de mystiques) dont le Sheikh, le Maître spirituel, n’est autre que Dieu, et lui-même se considérait comme un simple servant de ce khanqâh.

Avec ce type de compréhension du monde comme un couvent de mystiques, la différence des nations, des religions et des opinions n’est qu’un voile apparent recouvrant une unité intrinsèque.

Tenant compte de la conception de Jalâl ad-Dîn Mohammad du khanqâh du monde, toute discussion au sujet de sa pensée religieuse et de son appartenance à une école spécifique devrait présenter un écart considérable de ce en quoi il croyait et de ce à quoi il tenait le plus ; un écart que l’on ne comprend que par la saisie du point de vue où il se situe et de ce qui fonde son comportement.

Pour répondre à ses détracteurs éventuels, Rûmî a dit :

من بنده‌ی قرآنم اگر جان دارم من خاک در محمد مختارم

گر نقل کند جز این، کس از گفتارم  بیزارم از اووز این سخن بیزارم      

           

Man bande-ye Qor'ānam, agar jāndāram

mankhāk-e rah-e Mohammad-e mokhtāram

gar naql konad jo zīn, kas az goftāram,

bizāram az ōwaz īn sokhan bizāram. (Quatrain numéro 1173)

 

« Je suis le servant du Coran, tant que je suis en vie

Je suis la poussière sous les pas de Muhammad mukhtâr, l’Elu

Si quelqu’un m’attribue d’autres prétentions que celles-ci

Je ne le supporte pas (je le déteste) car je ne supporte pas ses paroles ! »

 

 

Une harpe sur le linceul de Mowlânâ

 

Alors que la première moitié de l’an 672 de l’Hégire (1273) touche à sa fin, Mowlânâ, le corps vêtu d’un vêtement de couleur rouge, se tord de douleur dans son lit. Son corps laisse voir les traces du typhus. Les médecins désespérés demeurent à son chevet. Son deuxième fils, Sultân Walad, ne le quitte pas des yeux. Une bassine d’eau à ses côtés, il veille à faire baisser la température du corps de son père, âgé de 67 ans, en lui humidifiant le front et le visage. Avant que les signes de la mort prochaine ne se précisent sur son corps amaigri, il a abandonné son enseignement, et le sixième livre de son monumental Mathnavî-e Ma’navî dont il avait entamé la rédaction dix ans plus tôt, est resté inachevé.

Au cours des jours et des nuits où il attendit la mort, il choisit le silence et n’ouvrit la bouche que pour les salutations de coutume, pour lesquelles d’ailleurs il n’avait pas plus d’énergie. Il ne parlait pratiquement plus. Mais une nuit, quelque temps avant que la mort ne vienne, la langueur de l’Union et le besoin de la solitude, lui donnèrent la force de réciter son dernier ghazal en s’adressant à son fils Sultân Walad :

رو سر بنه به بالین، تنها مرا رها کن

ترک من خراب شبگرد مبتلا کن

 

Rôsarbeneh be bâlîn

Tanhâ marâ rahâ kon

Tark-e man-e kharâb-e

Shabgerd-e mobtalâkon (Ghazaliyat Shams 2039)

 

« Va, pose ta tête sur l’oreiller

Laisse-moi à ma solitude

Quitte cette ruine que je suis devenu

Qui erre dans la nuit, envahi par l’Amour »

 

Pendant que sa langue proférait ces vers, le souvenir d’un Amour qui le tourmenta des années durant, jusqu’à sa vieillesse, lui revint en mémoire et le plongea dans une langueur indicible. Le souvenir du jour où, revêtu de la magnificence de son expertise en droit et de la pompe de son haut niveau social (za’âmat), il était allé à la rencontre de Shams. Il s’était senti dans une extase telle qu’il n’est plus jamais retourné à son enseignement ni à son poste.

Un souvenir des jours où à la recherche de son ami bien-aimé, Shams qui s’était envolé, il avait fouillé les moindres ruelles de la ville et s’était rendu tant de fois en Syrie à la recherche d’un indice du lieu où il pourrait le retrouver.

Le souvenir de sa confrontation avec les ulémas et les juristes de la ville qui par jalousie voyaient en lui un rival ou qui par pitié, considéraient qu’il était tombé dans la voie de l’erreur, ou que son comportement faisait de lui un être tombé dans la déviation. Mais en ces jours-là, depuis le peuple jusqu’aux ulémas les plus élevés en grade, tout le monde se présentait à son chevet et adressait ses prières à Dieu pour la guérison du grand Maître spirituel. Les adversaires d’hier s’inquiétaient pour son état de santé et les autorités politiques imploraient les médecins de faire tout leur possible pour rendre la santé à leur Maître spirituel bien-aimé et prolonger sa vie.

De son côté, quand il demandait des nouvelles des gens, il ne se limitait pas aux personnes d’une seule communauté ou d’une seule religion. Car, en vérité, les « imams des musulmans, les rabbins des juifs ou les prêtres des chrétiens » étaient les mêmes dans la pensée de Mowlânâ Jalâl ad-Dîn Mohammad Balkhî Rûmî. Enfin, le cinquième jour du mois lunaire de Rajab de cette année-là, au coucher du soleil, l’âme pure de ce grand maître spirituel quitta son enveloppe corporelle pour rejoindre la Présence divine, aux côtés des plus grands saints.

La procession mortuaire s’ébranla, accompagnée avec la pompe digne de la station spirituelle du défunt et de la place qu’il occupait dans les cœurs des habitants de la ville. Le son de la flûte et du tambour traduisit la majesté et l’émotion qu’inspirait l’âme du disparu parvenue à l’union avec le Principe. Le peuple était si désireux de participer aux funérailles de ce grand homme, que son enterrement dura de l’aube jusqu’au soir. Ceux qui, tout au long de leur vie, n’avaient jamais eu l’occasion de le connaître, se comportaient de telle sorte qu’ils donnaient l’impression d’avoir eux-aussi rendu l’âme.

 

Un manuel pour ceux qui recherchent la connaissance divine

 

Les spécialistes de l’œuvre de Mowlânâ - parmi lesquels les persanophones moins nombreux que les étrangers - se sont mis depuis bien longtemps à commenter ses livres. Cependant, ils ont moins travaillé, comparé au Mathnavî, sur le livre intitulé Fîhi mâ fîhi (traduit en français par « Le Livre du Dedans »), qui consigne les séances quotidiennes des dernières années de la vie de Jalâl ad-Dîn Mohammad et qui contient des connaissances et des vérités enseignées par le Maître. Le Mathnavî Ma’navî, son dernier ouvrage et son opus magnum, fut écrit en vers sur l’insistance de Hesâm ad-Dîn Chalapî, rédacteur des poèmes et des pensées de Jalâl ad-Dîn Mohammad Rûmî et le premier des fidèles parmi ses disciples. Il imite le style et le propos du livre de Sanâ’î (1050/ 1131) intitulé Elâhînâmeh, et les Mathnaviyyât de Attâr (1142 / date de mort incertaine, entre 1190 et 1229).

Rûmî, qui reconnaît sa dette envers eux, a écrit : « Attâr est l’âme et Sanâ’î, ses deux yeux ». L’influence de ces deux grands esprits de la littérature persane, qui précédèrent de peu Rûmî, est visible autant dans la forme littéraire que dans les idées de ce gnostique. Quoiqu’il en soit, l’indépendance d’opinion et la nouveauté des idées qui se trouvent dans les écrits du juriste émancipé, laisse penser que le Mathnavî l’a transformé.

Bien que son Majâles seb’ah (Les sept conseils) contienne des prêches enthousiastes de Rûmî, il n’a pas tellement attiré les commentateurs car on y retrouve moins l’ardeur spirituelle de Mowlânâ. Le Makâtîb, recueil de correspondance de Rûmî avec ses contemporains et les Rubâ'îyyât (Quatrains) n’ont pas trouvé la même place auprès des lecteurs que celle obtenue par le très célèbre Ghazaliyât-e Shams (traduction française : Les Odes mystiques) appelé aussi Dîvân-e Kabîr (Le grand Dîvân). Dîvân-e Shams, contenant des milliers de poèmes lyriques, constitue le plus grand hommage à l’Amour que la littérature mondiale ait connu.

Mais ces hommes et femmes savantes qui ont consacré leur vie à étudier et à faire connaître les œuvres de Mowlânâ, les ont-ils vraiment connues et si oui, jusqu’à quel point considèrent-ils que ces œuvres ont influencé la pensée et les actes de nos contemporains ?

 

Le Mathnawî et la réponse au vide spirituel de l’Occident

 

Ce sous-titre ne signifie pas que le vide culturel ne se fait sentir qu’en Occident. Mais en Occident, il existe une meilleure prise de conscience de ce vide et des mesures sont prises pour y palier. Parmi les solutions envisagées pour colmater ce vide, la traduction des ouvrages de Rûmî est sans doute l'une des plus importantes, en y ajoutant l’intérêt sans cesse grandissant pour l’œuvre d’Ibn 'Arabî, autre géant de l’enseignement mystique contemporain de Rûmî.

Il y a environ 15 ans, Robert Bly, célèbre poète américain, a confié un recueil de traduction de poèmes de Mowlânâ à son jeune collègue Coleman Barks pour qu’il les réécrive sous forme de poésie nouvelle en anglais. Le résultat en fut époustouflant : dans un pays où les lauréats du Prix Pulitzer n’arrivent pas à vendre plus de 10 000 copies de leur livre, plus de 250 000 copies de la traduction d’œuvres poétiques de Rûmî ont été vendues. Et c’est ainsi que ce poète persan, né à Balkh dans l’actuel Afghanistan et mort à Konya en Turquie, a figuré parmi les 20 auteurs ayant enregistré les plus grandes ventes en librairie aux Etats-Unis.

Depuis les années 1970, la courbe de croissance des éditions de textes traduits de Rûmî, hors de l’Iran, est demeurée continuelle et on peut difficilement penser que cette tendance connaisse un déclin dans les années à venir.

Les chercheurs spécialistes de Rûmî expliquent cela par la correspondance qu’ils entrevoient entre le mode de vie des occidentaux et la conception de la vie telle qu’elle se présente chez Jalâl ad-Dîn Rûmî. Voici l’opinion de Coleman Barks, traducteur de la poésie de Rûmî aux Etats-Unis : « Je pense que tous les êtres humains possèdent la perle de la sincérité et de l’attirance. Nous avons tous expérimenté des instants qui ont présenté la couleur et l’odeur de l’éternité et de l’universalité. Il est impossible de nier ces expériences. Les poèmes de Rûmî visent à rendre ces états. Son rôle dans la compréhension des idées gnostiques et spirituelles et la compréhension du monde musulman est comparable au rôle de Shakespeare dans la compréhension de l’Occident, mais chez Rûmî, cela est évidemment plus remarquable. »

Karîm Zamânî, auteur contemporain iranien d’un commentaire en 7 volumes du Mathnavî-e Ma’navî, parle encore plus clairement du vide spirituel en Occident. Il insiste sur le fait que les poèmes gnostiques de ce grand poète peuvent combler ce vide. Dès lors, on devrait peut-être ramener les raisons pour lesquelles des non-persanophones accueillent avec ferveur de telles œuvres poétiques écrites en persan aux éléments spirituels particuliers présents dans sa poésie. Ainsi, selon Fereydûn Kîâ, spécialiste du Mathnavî : « Rûmî est de nos jours le nom le plus présent dans la scène littéraire mondiale et cela pour trois raisons : premièrement, les gens retrouvent dans les poèmes de Rûmî tous les états et toutes les situations affectives qu’ils ont vécus ; deuxièmement, le rôle salutaire de Rûmî. De nos jours, en effet, Rûmî est perçu en tant que fondateur d’une philosophie de la pensée adamique, celui qui résout les situations les plus épineuses et les dénoue. Troisièmement, il ne faut pas perdre de vue que le monde occidental est une société de consommation et une société de publicité. »

 

Un héritage mondial

 

La société humaine a toujours eu besoin, en particulier dans les étapes où elle se trouve enlisée dans le bourbier des questions personnelles et matérielles, d’un prétexte afin qu’outre les querelles quotidiennes, elle puisse établir une relation avec la dimension spirituelle de son être. Dans ces conditions, chaque lecteur peut commenter les poèmes qui nous sont parvenus de lui et tenter de lier sa propre expérience à celle de Rûmî. On peut affirmer que par la grâce de ses enseignements humanistes, l'œuvre de Mowlânâ Jalâl ad-Dîn Rûmî peut être considérée comme un patrimoine mondial. Mais cette idée ne peut pas et ne doit pas impliquer nécessairement le délaissement par les exécutifs politiques et les responsables culturels des antécédents historiques et géographiques de ce maître soufi de grande renommée. La Turquie s’efforce ainsi de faire reconnaître la légitimité de sa revendication de la propriété de Rûmî et pour appuyer cette revendication, elle organise des colloques, symposiums et séminaires et proclame que Rûmî est un motif de fierté pour elle en plus d’être une source de revenus pour le pays. Quoi qu'il en soit, la surveillance d’un patrimoine spirituel ne se concrétisera que par son insertion dans le cours des évènements quotidiens et dans le cycle de la vie ordinaire des hommes.

Les morceaux de musique des compositeurs de mélodies, les rideaux des théâtres, les séquences des réalisateurs de films, même de façon limitée, feront circuler le sang de l’héritage spirituel dans les artères de la société, mais ils laisseront un impact profond sur une autre audience de ce souvenir parmi les différentes générations. La collaboration des chanteurs et des artistes renommés en Occident dans la production d’une œuvre audiovisuelle utilisant des thèmes de Rûmî, traduits du persan, pourrait faire ressortir l’importance de tels efforts. Des efforts que chacun, sur la base du point de vue de son Créateur et compte tenu de ce qui fonde le point de vue de son interlocuteur, pourraient mettre en scène un aspect non exploré jusqu’ici et qui concerne tous les hommes. Des hommes qui se voient noyés dans la vie quotidienne. Des hommes qui dans la société industrielle et postindustrielle dans un état d’agitation, s’efforcent de trouver à tâtons, les voies de sortie du fauteuil dans lequel ils sont prisonniers. Seuls les enseignements de l’école spirituelle peuvent ouvrir la voie royale pour la libération de l’homme. Une voie royale que les pas d’un lion comme Rûmî ont foulée et aplanie pour les hommes contemporains ayant perdu nombre de leurs repères.

(En persan : عبدالحسين زرينکوب) (19 mai 1923, Borûdjerd - 15 septembre 1999, Téhéran), éminent érudit de la littérature iranienne. Il a obtenu son doctorat de l’Université de Téhéran en 1955 sous la supervision de Badiozzamân Forouzanfar, et a enseigné dans des universités prestigieuses telles que l'Université d'Oxford, la Sorbonne, et l'Université de Princeton, parmi beaucoup d'autres. Grâce à ses travaux pionniers sur la littérature iranienne, la critique littéraire et la littérature comparée, il est considéré comme le père de la littérature moderne persane.

Mohammad-e mokhtâr, l’un des surnoms du Prophète, de même que Ahmad-e mokhtâr

Rajab ( arabe : رجب ) est le septième mois du calendrier islamique, l'un des quatre mois sacrés de l'islam dans lequel les combats sont interdits.

Un des disciples de Rûmî ayant atteint le niveau d'un guide spirituel lui-même. Mowlânâ lui dédia son chef-d'œuvre Mathnavî.

Hakîm Abûl-Majd Majdûd ibn Adam Sanâ'î Ghaznavî ou plus simplement Hakîm Sanâ’î (en persan حکیم سنایی) c'est-à-dire Sanâ’î le sage, était un poète soufi en dari du XIIe siècle. Son œuvre a eu une influence certaine sur les poètes mystiques moyen-orientaux notamment sur Jalâl ad-Dîn Rûmî. Son œuvre la plus connue est Hadîqat al-Haqîqa c'est-à-dire « Le jardin de la vérité », un poème de plus de 11 000 vers.

Farîd ad-Dîn 'Attâr Neyshâbûrî (en persan : فَریدالدّین عطّار نِیشابوری), poète persan qui quitta un commerce lucratif pour embrasser la doctrine des soufis et se livra au mysticisme. Il fut tué par les Mongols ayant envahi son pays. Le plus célèbre de ses poèmes moraux et mystiques est le  Mantiq at-Tayr ou La conférence des oiseaux, poème de philosophie religieuse, éd. Albin Michel (1996, épuisé) - rééd. Le Seuil, 2010

Il met en scène des oiseaux qui se mettent à la recherche de leur Roi.

Né en 1926, poète et auteur américain, il a publié un recueil de traductions de poèmes de quelques grands poètes dont le travail était à peine connu aux Etats-Unis, parmi lesquels Rûmî, Hâfez, etc.

Poète américain né en 1937. Il ne parle ni ne lit le persan mais est reconnu comme un interprète de Rûmî et d'autres poètes mystiques de la Perse. Coleman Barks a reçu un doctorat honorifique de l'Université de Téhéran en 2006. Alors que la poésie originale de Rûmî en persan est fortement rimée et mesurée, Barks a principalement utilisé le vers libre. Dans certains cas, il a dû également mélanger les lignes et les métaphores de poèmes différents en une seule « traduction ».

Le prix Pulitzer, créé en 1904 par Joseph Pulitzer, éditeur du journal World, est un prix américain remis dans différents domaines, allant du journalisme à la musique. En journalisme, il est considéré parmi le plus prestigieux. Il est décerné pour 21 rubriques, dont plusieurs types de reportages, l'éditorial, la caricature, la photographie, le roman, la biographie, le théâtre, la poésie, l'histoire et la musique. Une enveloppe de 5 000 dollars américains accompagne le prix, remis au mois d’avril à des personnalités américaines.