Quels sont les motifs du recours à la philosophie ?

Stimulation naturelle – subjective

 

Nûs est l’équivalent grec du mot esprit (zehn / ذهن). L’un des motifs de l’étude entreprise par la philosophie consiste en ce penchant naturel de l’esprit pour amasser le savoir. Aristote, le brillant élève de Platon, ouvre son livre sur la métaphysique par cette phrase : « Tous les êtres humains sont naturellement désireux de savoir. » Ce discours est juste parce qu’entre autre nous aimons connaître chaque chose dans le cadre de son « être », c'est-à-dire la manière dont est cette chose dans la réalité. Nous sommes curieux des créatures et nous répondons à cette propension à la quête au moyen des réponses philosophiques. Emmanuel Kant, le philosophe allemand du dix-huitième siècle, ajoute à ce point que la pratique de la philosophie est semblable à la respiration, qu’il s’agit là d’un acte naturel, et c’est vrai que nous la pratiquons sans nous en rendre compte. Lorsque nous interrompons le cours de nos pensées philosophiques, c’est là que nous réalisons que nous étions en train de philosopher. En sus, lorsque nous interrompons nos pensées philosophiques, nous nous trouvons alors dans un état semblable à celui qui s’emparerait de nous si nous avions emprisonné notre souffle. Bien entendu, nous ne pouvons pas faire cela longtemps. Des questions philosophiques captivantes, importantes, pétrissent notre vie quotidienne et brisent parfois notre résistance. Chaque fois que nous essayons de nous libérer de la philosophie, des questions philosophiques se présentent, sous un aspect effrayant, trompeur, séduisant, y compris en suscitant parfois notre colère, elles nous attirent immanquablement.

 

Stimulation liée à la purification

 

Là où nous nous trouvons désireux de savoir, de nombreuses questions et quantité de problèmes piquent notre esprit. Des philosophes tels Socrate et Wittgenstein, ont dit que la philosophie purifie parfois l’âme. Dans le dictionnaire Webster, le mot catharsis a le sens de purification de l’âme, de purification intérieure. Pour une explication plus précise, il est possible d’ajouter que la philosophie est une forme de purification rationnelle et subjective. Socrate pense que la philosophie nous donne le loisir de l’audace. Il s’agit en particulier de l’audace consistant à savoir ce que nous ne devons pas savoir ! L’agitation résulte des discours emplis d’ambiguïtés et d’équivoques, des peurs sans fondement, comme la peur maladive de la mort, des sentiments, des sensations destructrices, ou la sensation liée à la possession, à la puissance, la quête de louange, l’ivresse du mensonge. Selon Socrate, tout cela ternit l’esprit et fait obstacle à toute possibilité qu’il soit irradié par la lumière de la vérité et bonifié.

 

La philosophie débarrasse notre esprit de ces obstacles, fait que la lumière irradie notre for intérieur et élève notre compréhension. Wittgenstein, philosophe autrichien du vingtième siècle, donne une autre définition de la catharsis. Il pense que la philosophie est une libération des obstacles de la pensée. Exactement comme le corps se trouve libéré de la souffrance et de la maladie ; la raison se trouve également délivrée de ses barrières intellectuelles par la philosophie. Selon lui, l’obstacle de la réflexion correspond à un abus de langage. Un usage incorrect de la langue conduit à dire des sottises et à tenir des discours insensés. Prêtez attention : l’espace est-il fini ou infini ? Il est possible que la réponse soit qu’il est infini, car s’il était fini, il faudrait que des choses existent au-delà de sa limite [toute frontière sépare l’espace en deux parties]. D’une part, rien d’autre ne peut se trouver au-delà que davantage d’espace. Ainsi, l’espace se doit d’être infini. Ici, on peut donner une autre réponse : tant que l’espace existe, ce qui est, c’est lui ! Il est complet et là où il est complet, il est immobile. Or, là où il est immobile, il est limité. C’est pourquoi l’espace doit être limité ; est-ce juste ? Non ! C’est faux ! Parce que si l’espace est limité, il faut lui trouver quelque chose d’extérieur. Or on ne peut rien trouver d’autre au-delà de l’espace que davantage d’espace. C’est pourquoi le monde est infini !

 

Wittgenstein pense que la langue est le facteur qui se trouve à l’origine des souffrances subjectives. Il pense que la vacance de la langue, c’est justement lorsqu’elle se révèle incapable d’expliquer les choses pour lesquelles on l’emploie. Cela est précisément l’obstacle de la pensée. Comment les philosophes guérissent-ils les souffrances subjectives ? Quelquefois, on ne peut donner de réponse déterminée à une question, mais on peut cependant montrer que le facteur de la maladie, c’est l’usage incorrect de la langue et dans la foulée, corriger et guérir. Si l’on emboîte le pas à Wittgenstein avec l’exemple ci-dessus, il faut dire ceci : bien que le fini et l’infini comportent chacun un sens déterminé et pédagogique pour les mathématiques, on ne peut les considérer de la même manière dans le domaine de la physique. Il est possible qu’avec une certaine utilisation de la langue, au firmament des sensations, on puisse obtenir une réponse au sujet du caractère fini ou infini de l’espace, or, si nous acceptons le point de vue de Wittgenstein, cela n’a pas de sens.

Wittgenstein nous apprend ce que nous devons répondre face à ces questions ; il nous apprend même que la plupart de ces questions ne se posent pas.

 

Stimulation liée à la découverte du mystère

 

Au-delà du fait que la philosophie satisfait notre ardent désir d’obtenir des réponses à nos questions essentielles, elle élève le niveau de notre connaissance et augmente notre capacité. Pour de nombreux philosophes d’Orient et d’Occident, il est possible d’aller de l’avant en la matière. Dans l’ensemble des œuvres de Platon, nous pouvons voir qu’il considère que le sens de la recherche philosophique consiste à aller au-delà de la compréhension ordinaire et à avoir une perception intuitive du monde intelligible. En quelque sorte, la compréhension de la réalité nécessite selon lui un sursaut intuitif. Et cela donne une compréhension associée au plaisir. Cette expérience n’est évidemment pas une simple expérience sentimentale, du seul ressort des sensations, qui ne chercherait qu’à aller un peu au-delà de la compréhension ordinaire. Dans L'éthique à Nicomaque, Aristote analyse les vertus de la vie des êtres humains. La vertu est ce qui s’accorde à la raison. De là, la raison est donc le plus élevé des sens humains. Selon le point de vue d’Aristote, la raison est ce qu’il y a de plus élevé chez l’être humain. Par conséquent, en cultivant notre raison, nous pouvons nous rapprocher de Dieu et participer au bien et à la tranquillité divine.

 

Benedictus de Spinoza, philosophe juif du dix-huitième siècle, montre dans son livre sur la morale que la voie conduisant à la félicité passe par un examen rationnel de la vérité. Plus récemment, au dix-neuvième siècle, Bradley écrit dans Apparence et réalité : « Je crois que tous les êtres humains sont plus ou moins attirés par un monde surnaturel. Il existe des voies différentes, mais il apparaît que tous cherchent à percevoir quelque chose qui se trouve au-delà du monde connu. Par des voies différentes, nous percevons des choses du monde supérieur qui épurent notre esprit et qui nous élèvent, et c’est pourquoi l’effort de la raison afin de comprendre l’existence est un effort pratique qui donne de la peine. » Certaines phrases parlent d’elles-mêmes et constituent la meilleure des explications, elles n’ont aucunement besoin d’être éclaircies.

 

Hegel, grand philosophe du dix-neuvième siècle, élaborant la première de ses questions, dit : « L’existence commence par la connaissance de soi. » Que poursuit-il avec cette allégation ? Hegel pense que l’unicité est la réalité et considère que l’être humain est une manifestation de cet esprit absolu. L’être humain parvient au mieux à la connaissance de soi. En vérité, nous sommes la vue et l’ouïe de la réalité. Alan Watts, le penseur du vingtième siècle, a brillamment exposé cette idée. Il écrit : « Nous sommes tous une fenêtre sur la réalité. » Pour finir, il n’est pas inopportun de citer Heidegger, philosophe allemand de l’existence du vingtième siècle. C’est lui qui commente ainsi le discours de Hegel : « La philosophie constitue le passage de l’Existant (ou l’existence) (wujûd / وجود) à l’existant (mawjûd / موجود). L’Existant (ou l’existence) (Being avec une majuscule), c’est cette profondeur de la réalité immatérielle. Et l’existant (being avec une minuscule), c’est l’existence individuelle qui est la mienne et la vôtre. De l’avis de Heidegger, la philosophie est le résultat de l’aspect profond de la réalité et de l’existence. La philosophie est comme une cloche qui nous avertit. Cette confrontation avec l’existence va plus loin que les connaissances que la société et la coutume ont de l’existence car elle poursuit une perception plus élevée.

 

Stimulation liée à la quête de la sagesse

 

La stimulation liée à la quête de la sagesse est fondée sur la connaissance, comme la stimulation naturelle et subjective. A ceci près que la stimulation liée à la quête de la sagesse veut aller plus loin que la stimulation naturelle et subjective. La stimulation liée à la quête de la sagesse poursuit une meilleure compréhension sur le fait d’exister. La racine du mot « philosophie » désigne l’amour de la sagesse. La sagesse, c’est un regard fondé sur la vie existentielle et la nature humaine. Epictète, philosophe stoïcien de la période antique, a dit que « la philosophie nous apprend l’art de vivre. » Cela diffère évidemment de l’art de la menuiserie ou de la ferronnerie. Le menuisier travaille le bois et le ferronnier travaille le fer, or, qu’est-ce que le philosophe travaille ? Selon lui, la matière première du philosophe, c’est la vie individuelle des gens. Si nous passons sur le sens commun, la vie des êtres humains diffère pour chacun. Untel disait : « Vous êtes tels que Dieu vous a faits. Comment vous faites-vous vous-mêmes et comment retournez-vous à Dieu ? » Cette réalité est éclatante, que vous soyez croyant ou athée. La vérité est que vous êtes potentiellement capables de vous mettre en mouvement. On pourrait dire : vous devez devenir. En vérité, vous êtes comme une œuvre artistique inachevée qui doit parvenir à son achèvement. Il est évident que vous devez la terminer vous-mêmes. Maintenant, comment devons-nous achever cette œuvre artistique, c'est-à-dire notre vie (comment devons-nous parvenir à la perfection de notre présent ou de notre maturité) ? Une chose se trouve à même de nous aider dans cette voie : trouver la sagesse afin de vivre selon elle.

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