Culture et philosophie (2)

La philosophie en tant que parole de l’existence

 

Si la technique, le savoir et la politique modernes sont fondés sur la philosophie, nous devons également collaborer un minimum à la technique et au savoir. Nous devons veiller sur l’arbre du savoir dont Descartes a parlé. Si le discours de Descartes qui porte sur la relation entre philosophie, savoir, technique et morale correspond simplement à l’avis d’un philosophe, il doit être également pris comme un avis discutable. Descartes donne une importance disproportionnée à l’influence de la parole des philosophes qu’il considère comme les souverains de l’histoire. Désignons deux points : l’un est que la philosophie ne constitue pas le recueil des avis des gens ; la philosophie est la parole de l’existence, tandis que les philosophes sont les représentants de l’existence. Les philosophes ne disent rien par eux-mêmes ; au sein de l’innéité seconde, l’être humain est extérieur à lui-même et à l’égotisme. (Même lorsque les philosophes ont posé les bases de la construction de l’être humain, ils se sont trouvés extérieurs à l’égotisme). L’autre point s’interroge comme suit : les plans de Galilée, de Bacon et de Descartes ne se sont-ils pas réalisés avec précisions, et Kant n’est-il pas le maître de la modernité ?

Dans le cadre de l’étude de la philosophie, vu que nous prêtons normalement attention aux détails, aux questions et au procédé de l’argumentation et que nous quêtons à propos de ces détails afin de décider de les écarter ou de les attester, de les dépasser ou de les confirmer, nous nous occupons moins de l’effet que produit la nature et la réalité d’une philosophie. Kant est sans doute le fondateur de la philosophie critique, et la philosophie critique représente un événement important dans l’histoire de l’humanité, elle a changé le visage de l’histoire.

 

La nécessité d’utiliser une langue conforme à la pensée moderne

 

Mais alors, les chercheurs ont-ils le droit de s’enquérir à propos des détails des idées d’un philosophe ? Pourtant, après en avoir scruté les détails et décortiqué les questions, il faut s’arrêter sur la nature de cette philosophie, afin de discerner sa problématique fondamentale et le changement ou la révolution que cette philosophie opère la vision de l’humanité. Il est très facile pour nous de rejeter le « je pense » de Descartes ; nous pouvons même le considérer comme une plaisanterie. Cependant, le « je pense » de Descartes correspond à l’avènement de l’humanité moderne, soit le fait que l’être humain figure la source de la pensée. L’existence de l’être humain c’est la pensée, et la pensée c’est le doute.

Considérant ce point, la philosophie se transforme immanquablement et très rapidement en philosophie critique, ajouté à cela le fait que le savoir soit bridé par la philosophie critique, et la volonté fait un pas en avant et se pare du rang de primauté sur le savoir, tout en devenant l’évaluatrice de la personne humaine. Alors que l’être humain doit donner sa forme au monde, et changer le monde, comment ne peut-il pas être la source même de la volonté et de la liberté ?

Il est à regretter que les savants en philosophie et les philosophes du monde musulman ne se mettent pas à initier une relation avec l’Occident, et ne lisent pas davantage les œuvres des philosophes occidentaux dans le but de réaliser ce que sont leurs desseins et afin de dialoguer avec eux dans leur propre langue philosophique. Il se peut qu’ils répliquent : « Nous qui avons Fârâbî et Ibn Sînâ, quel besoin avons-nous de Saint Thomas, de Bacon et de Descartes ? Lorsque nous pouvons lire les Mashâ‛ir, les Shawâhed al-rubûbiya et les Asfâr arba‛a, qu’avons-nous à faire de la Critique de la raison pure, de la Critique de la raison pratique, de la Phénoménologie de l’esprit, de La volonté de puissance et de L’Être et le néant ? »

 

Le premier traducteur du Discours de Descartes écrit dans l’introduction de la version persane que les philosophes européens par rapport aux sages musulmans sont comme une lampe vis-à-vis du soleil… Il est évident que si l’on me demande les noms de quelques-uns des plus grands penseurs de l’histoire, je placerai dans ma liste, certaines grandes figures de la pensée musulmane. Je crois en l’importance et au respect dus à Ibn Sînâ, Jalâl al-Dîn Mawlavî et Sadr al-Dîn Shirâzî, mais s’il est question de seriner partout leurs paroles, de conseiller à tout le monde d’apprendre leurs discours et d’enquêter et d’analyser toutes les réponses émises à leur sujet, cela revient à se fermer l’esprit.

De même qu’il existe des concepts philosophiques comme « l’existence » et que les questions historiques liées à « l’éloignement vis-à-vis de la nature de l’existence » se présentent continuellement à l’époque moderne, de même demande-t-on maintenant aux philosophes : « Qu’est-ce que les droits de l’humain ? Quels liens y a-t-il entre philosophie et politique ? Quels sont les obstacles intellectuels et moraux au développement et y a-t-il un rapport entre religion et développement ? » ; des notions vagues comme celle de valeur et d’antivaleur ont pénétré le langage, or dans le cas où ces points ne sont pas éclaircis, la voie de la réflexion se trouve obstruée, aussi il n’est d’autre moyen que de recourir à la philosophie.

 

Nos questions à propos de la religion, de la liberté, de la tradition et de la rénovation… se posent maintenant même. Si nos grands philosophes ne traitent pas ces questions, des individus incompétents s’en mêleront et noirciront quelques pages au sujet, par exemple, du développement que l’islam recommande. Le développement n'a nul besoin d’avocat car la politique ne peut s’en départir. La défense du développement et sa justification, en particulier au moyen de la quête de confirmations issues des traditions islamiques anciennes, est sans motif, superflu et relève de la propagation d’une réflexion simple et  naïve. L’islam est une religion datant de mille quatre cents ans et jouissant d’une solvabilité absolue. Si l’islam avait recommandé le développement, il aurait fallu que cette notion apparaisse dans notre Livre saint, et plus important, que nous parvenions avant l’Occident à une certaine étape pour ne plus avoir besoin de l’imiter.

Parfois, on me dit : « Toi qui cite Muhyî al-Dîn avec admiration, toi qui considère le Methnevî de Mawlânâ comme un océan de trésors de significations et qui est attaché à Mullâ Sadrâ, pourquoi parles-tu de Nietzsche, de Husserl, de Max Scheler, de Heidegger, de Jaspers, de Merleau-Ponty, de Gadamer, Foucault, Derrida, et des post-modernes ? » Ma réponse est qu’ils sont les plus grands et les plus importants protecteurs du temps présent parmi les philosophes. Ils sont les porte-parole de cette étape historique de l’Occident et sans étudier leurs œuvres, il est bien rare que nous puissions savoir sous quelle forme se joue la pièce en cours et comment elle va s’achever.

 

Le développement, la modernité et leurs relations à la philosophie

 

Il se pose désormais des questions pour lesquelles il n’existe pas de position théorique, et face auxquelles les débats et les controverses philosophiques s’embrasent. A ces débats participent un groupe d’intellectuels et d’universitaires. Au sein de leurs discussions, ils désignent parfois les centres d’instruction religieuse et les savants qui y officient. Quoi qu’il en soit, l’un des points évoqué est le fait qu’au cours de ces deux ou trois derniers siècles, notre histoire soit parvenue au stade de la décadence. Une école pense que la voie du salut passe par une exégèse contemporaine de la religion et par l’instauration de la démocratie, tandis que l’autre croit que tant que l’on ne sera pas informé sur notre propre situation de déclin, que l’on ne saura pas que nous sommes tombés de notre piédestal, aucune voie de salut ne pourra s’ouvrir. Ces deux écoles défendent la modernité, et bien qu’elles se placent théoriquement contre l’idéologie, elles ont fait de la modernité, de la situation et de l’ordre occidental leur but et leur unité de mesure tout en s’évaluant en fonction de la religion, de la tradition, de la morale, de la conscience de soi et de la pensée. Peut-être ignorent-ils qu’il s’agit là d’idéologie et, de surcroît, de mauvaise idéologie.

 

Face à ces auteurs, certains considèrent le développement et la modernité comme du shirk. Entre ces deux groupes s’en trouvent d’autres qui s’abstiennent de statuer sur la modernité et le développement et qui demandent ce qu’est la modernité, ce qu’est le développement, et si le développement correspond à l’intention du monde entier. C'est-à-dire : l’être humain a-t-il une histoire unique ? Et l’histoire qui concerne l’ensemble des êtres humains dans le monde, passe-t-elle par la voie que parcoure l’Occident ? Ou est-ce parce que nous avons enquêté et que le développement est un modèle parfait que nous devons aller dans son sens et rassembler les conditions de sa réalisation ? Ceux qui s’occupent apparemment moins de politique au sein de cette querelle disent que ce n’est pas le moment de s’occuper de cela et que nous ne sommes pas encore parvenus à la phase opportune pour exposer cette question. Alors quel besoin avons-nous d’exposer des questions qui affaiblissent notre courage pour cheminer dans la voie du développement ? D’autres gens, dont le discours est davantage idéologique, disent que ces questions proviennent d’un esprit réactionnaire et qu’elles mènent à penser que le développement génère l’associationnisme et la mécréance, et l’acceptent au mieux comme une nécessité historique.

 

Le but de la discussion et de la désignation de ces théories est uniquement de montrer de quelle manière les plus simples de nos questions politiques, sociales et culturelles se trouvent intimement liées à la philosophie. Des questions qui étaient apparemment uniquement politiques et sociales, sans aucun lien avec la philosophie, ont maintenant revêtu un aspect philosophique et sont exposées dans le langage philosophique ou pseudo-philosophique.

En réalité, la plupart de ces débats sont philosophiques et on peut y souscrire dans le cadre de la philosophie. Cependant, dans des cas où le recours à la philosophie est artificiel, il faut pourtant également se référer à elle afin d’en expurger le fondement, ou afin de remettre à sa place une question ayant été mal exposée.

 

Rapport entre philosophie,  populisme et superficialité

 

Le problème vient du fait que les questions de philosophie incombant à l’innéité seconde et ayant pour objet les concepts de liberté et d’amour pour la vérité se trouvent mêlées de paroles employées dans la rue, et ainsi se confondent avec les questions inhérentes à l’innéité première. Parmi les erreurs qui en résultent se trouvent le fait que certains gémissent à propos de l’imitation, alors même que leurs discours sont en réalité une invitation à l’imitation ; ils se plaignent que la superficialité, le déclin et le populisme dominent la situation actuelle, or quand quelqu’un conjecture sur le fait que le déclin et la superficialité apparaîtront également en Occident, ils l’accusent d’être un réactionnaire et un fasciste et dans la plupart des cas, après avoir recommandé le civisme, les droits et la liberté des individus, ils lui attribuent le fait d’avoir commis des actes répréhensibles, de s’être adonné à des divertissements illicites, et des crimes.

Pourtant, ceux de l’autre groupe ne permettent pas que l’on dise quelque chose à propos de l’Occident ou qu’on aborde des questions qui lui sont relatives et recommandent que l’on parle de manière opportune. Or, qui sait ce qui est opportun, qui connaît l’opportunité de telle chose, de tel acte ? Visiblement, ce sont les philosophes et les penseurs qui connaissent l’époque et la divulguent dans leurs propos. Si nous trouvons de tels individus, comment leur demander ce que nous devons dire et ce que nous ne devons pas dire ? Il n’est pas bien, alors que nous ne sommes pas encore des philosophes, que nous nous considérions comme des auteurs de traités d’enseignement, de guidance, d’instructions destinées aux philosophes, aux penseurs, aux juristes et aux exégètes, et que nous écrivions des textes sur l’utilité et l’amendement. Toutefois, ces disputes ne sont pas que de mauvais exemples décevants, et il se peut qu’elles fournissent aux penseurs qui en sont capables de quoi réfléchir.

 

Avicenne.

Le livre des pénétrations métaphysiques, de Mulla Sadra Shirâzî.

Les témoins de l’épiphanie divine, de Mulla Sadra Shirâzî.

Les quatre voyages de l’esprit, de Mulla Sadra Shirâzî.

De Kant.

Idem.

De Hegel.

De Nietzsche.

De Heidegger.

Rûmî.

Ibn al-‘Arabî.

Rûmî.

Associationnisme.

 

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