Qu’est-ce que la philosophie ? (2)

La philosophie est le centre du savoir humain. Elle s’occupe de poser des questions et de donner des réponses au sujet de thèmes très généraux ainsi que de la place qui est celle de l’être humain dans ces dits thèmes ; par exemple, est-ce que le monde, les corps composés et leurs processus sont totalement matériels ? Est-ce que l’apparition ou la création du monde poursuit un objectif ? Sommes-nous capables de donner une réponse formelle ? De découvrir certaines choses ? Sommes-nous libres ? Existe-t-il des valeurs absolues ? La différence fondamentale entre la philosophie et le savoir réside en ceci que les réponses philosophiques ne peuvent être confirmées par l’expérience. Une recherche à propos de la réalité de la philosophie nécessite une recherche à propos de la réalité de l’histoire de la philosophie. La philosophie, c’est la vie de la pensée. La philosophie, c’est le fait de questionner l’existence de la créature et c’est le savoir portant sur l’origine des créatures.

 

Philosophie : la voie perpétuelle

 

Platon considère l’existence des créatures comme des quiddités stables, Aristote comme une puissance passant à l'état d'actualisation, et Descartes dit : « Je pense donc je suis ! » Kant fait dépendre la métaphysique de la nature humaine et la juge limitée par la connaissance du bien et du mal, tandis que Hegel prend complètement ses distances avec la signification grecque de l’amour de la sagesse pour la considérer comme la sagesse en soi et la sagesse absolue. La compréhension de ces significations passe nécessairement par le fait de leur être attaché, et cet attachement ne peut simplement résulter de l’étude et de l’enseignement de la philosophie, c'est-à-dire du seul savoir de la philosophie. C’est le parcours de la voie de notre pensée philosophique qui nous conduit à l’attachement pour ce sens. En outre, la pénétration de la pensée ancienne et des réflexions qui s’y rapportent constitue la condition de toute réflexion neuve. Cependant, il est nécessaire qu’arrive ce moment où l’être humain pourra entendre la voix qui l’appelle à la réflexion, non pas avec une opinion importune mais au contraire en s’en libérant, c'est-à-dire en se libérant de sa propre direction, de sa propre obstination. Là, l’être humain marchera vers la compréhension du sens et posera à propos de l’existence la question du cœur. Lorsque la question du cœur sera posée, la distinction entre la question et la réponse n’aura même plus d’objet, car la question sera semblable à la réponse. Les philosophes certifient que l’on ne peut aller vers l’origine et l’essence des créatures et des choses que par l’attachement et selon les principes de la présence. La réflexion authentique consiste à pratiquer la langue de l’existence et celle des penseurs. Dans la voie de la pensée, la question et la réponse se rejoignent une fois.

 

Philosophie : étude approfondie des significations et des vérités

 

William James dit : « La philosophie n’est rien d’autre que l’accession à l’essence des vérités des choses et l’étude approfondie à propos de leurs significations profondes. Dans la chaîne des réalités, elle découvre l’essence de la dignité inhérente ou comme le dit Spinoza, leur essence essentielle ; de là, toutes les vérités se trouvent unies ensemble et convergent vers le ‘tout qui est au-dessus des totalités’. En philosophie, il existe un plaisir ; on trouve même une attraction, un attrait dans le mirage des déserts du savoir de la métaphysique. Chacun de ceux qui étudient le savoir perçoit cela, tant que les nécessités catégoriques de sa vie matérielle ne le font pas chuter de sa hauteur de réflexion, le ramenant brutalement sur terre afin de l’immerger dans la lutte économique. La plupart d’entre nous, au printemps de notre vie, avons vécu des jours dorés au cours desquels nous avons réfléchi au sujet de cette parole de Platon disant : ‘La philosophie est un cher plaisir.’ Ces jours durant, l’amour d’une vérité simple teintée d’erreur était de loin préférable aux plaisirs physiques et aux pollutions matérielles. Nous entendions continuellement en nous la voix obscure qui nous appelait à ce premier amour, à cette première sagesse. »

 

La plus grande partie de notre vie n’a aucun sens et s’écoule dans la perplexité et une absurdité vaine ; nous combattons des désordres qui nous sont intérieurs et extérieurs, et pourtant nous sentons que si nous pouvions analyser notre esprit, nous y trouverions quelque chose d’important et d’essentiel. Nous recherchons la compréhension des choses : « Le sens de la vie consiste pour nous à ce que nous nous transformions en lumière, en feu ardent, ainsi que ce que nous rencontrons. » Comme Mitia dans Les frères Karamazov « nous faisons partie de ceux qui n’ont pas besoin de fortune, et qui ne veulent qu’une réponse à leurs questions. » Nous voulons découvrir la valeur et les perspectives des choses qui passent dans notre regard, et par cette découverte nous mettre à l’abri de la tempête des événements quotidiens. Nous voulons, avant qu’il ne soit trop tard, différencier les petites choses des grandes et les voir telles qu’elles sont en réalité, voir leur essence. Thoreau dit : « Pour devenir philosophe, il ne suffit pas d’avoir des pensées subtiles, et même, de fonder une école particulière, il suffit seulement que nous aimions la sagesse et que conformément à ses lois nous ayons une vie simple, libre, loyale et digne de confiance. » Si nous ne trouvons que la sagesse, nous pouvons être sûrs que le reste suivra. Il donne cependant ce conseil : « La première chose : recherche le bon esprit, jusqu’à ce que les autres choses s’ajoutent ou qu’au moins, leur absence ne soit pas ressentie. » Notre vérité ne rend pas riche, mais elle apporte la liberté.

 

Philosophie : la découverte de l’existence des choses nous revient

 

Il existe des paroles de Wittgenstein que Schlick cite également, que la philosophie ne consiste pas en théories et en enseignements mais en activités et actions. Le produit, le résultat de la philosophie ne repose pas sur un ensemble d’explications, vraies ou fausses, car ce sont les savoirs qui doivent parvenir à ce type d’explications. Au contraire, elle se caractérise simplement par la mise en acte, l’assimilation et dans certains cas, la divulgation des absurdités. La phrase que l’on emploie parfois dit que la question « n’est pas résolue, mais liquidée », ce qui fait partie de ce qu’accomplit la philosophie.

 

« Les grands philosophes parlent toujours dans une langue qui leur permettent d’être compris par les gens ordinaires, par conséquent ces derniers ont au moins accès à l’essence, au distillat, sous une forme simple. La vision centrale et fondamentale des grands philosophes est simple. » (Russel) L’objectif du philosophe est d’exprimer la vérité et de ce fait, sa profession ne lui demande pas de faire des déclarations à propos des valeurs, son travail ne consiste pas à dire aux gens ce qu’ils doivent faire, car ce type de propos concerne les valeurs, et si l’on se réfère au sens précis du terme, elles ne sont par définition ni vraies, ni fausses. D’autre part, parce que son objectif n’est pas non plus de découvrir les vérités contingentes et expérimentales, il ne délivre pas, par sa profession, de règles synthétiques et expérimentales. Le travail du philosophe diffère fondamentalement de celui du professeur d’éthique et du savant. Sa profession, fondée sur ces deux différences que nous venons d’évoquer, consiste à découvrir ce type de vérités analytiques qui révèlent des liens logiques entre les significations. La philosophie réside foncièrement et essentiellement dans l’analyse des significations. Après avoir pris place sur Terre, le premier devoir de la philosophie est la qualification. Le philosophe désire analyser et qualifier nos différentes manières d’être au monde. La réalité de la philosophie est de découvrir l’essence de la créature ainsi que son mode d’existence. L’histoire du progrès de l’humanité, durant la construction de la culture et de la civilisation, provient entièrement de la bénédiction qu’apporte la réflexion philosophique. Car on peut bloquer l’ouïe, la vue et l’odorat et ne pas entendre, ne pas voir et ne pas sentir, mais on ne peut bloquer la réflexion et la compréhension, parce qu’elles ne sont pas entre les mains de l’être humain, étant courantes, intérieures et cachées. Selon le point de vue de Platon, le devoir de la philosophie n’est rien d’autre que faire se succéder la connaissance à la foi, le savoir spéculatif et de trouver des preuves intelligibles permettant d’attester la justesse des lois et des modèles auxquels la société se soumet aveuglément. Autrement dit, il s’agit pour elle de mettre à l’épreuve du raisonnement l’ensemble de ces lois et de ces modèles et d’acquérir une confiance à propos de leur exactitude, à la lumière de la raison (et non à celle de la foi).

 

Philosophie et savoir

 

Platon et Aristote considèrent la perplexité comme le point de départ de la philosophie. La philosophie est-elle réellement improductive ? Pourquoi doit-on accéder à la philosophie ? On pense que le savoir se trouve continuellement en progrès tandis que la philosophie perd du terrain, or ceci n’est dû qu’au lourd devoir qu’incombe à la philosophie, lourd devoir riche en rebondissements, qui consiste à résoudre des questions, des concepts, dont les accès n’ont toujours pas été ouverts aux méthodes relevant des savoirs : comme les concepts du bien et du mal, de la laideur et de la beauté, de la contrainte et du libre choix, de la vie et de la mort. Dès qu’un champ de discussion et d’analyse de connaissances précises se trouve en contact avec des règles correctes, le savoir apparaît. Chaque savoir commence comme la philosophie et prend fin comme la technique ; il ressort avec des théories et suit son cours dans l’action. La philosophie, c’est l’interprétation théorique de l’inconnu, et/ou l’interprétation théorique des points qui ne sont pas encore éclaircis, en tout cas pas comme ils devraient l’être. La philosophie, c’est la première brèche qui lézarde la forteresse de la vérité. Le savoir est un pays conquis aux confins duquel existe une paix, dans lequel la connaissance et l’art du monde imparfait et stupéfiant nous édifient. La philosophie semble statique et stupéfaite, mais cela est dû au fait qu’elle a abandonné les fruits de sa victoire à ses frères, les savoirs. Elle poursuit son chemin en direction de l’inconnu et de terres vierges et pour cela, le désir spirituel comporte une satiété inacceptable. D’ailleurs, dans cette voie, l’opposition à la philosophie dessine en soi une forme de philosophie.

 

Le savoir se penche sur l’observation de résultats et sur l’acquisition de procédés ; la philosophie s’occupe de la critique et de la mise en ordre des extrémités, et comme aujourd’hui la profusion des procédés, des motifs et des objets n’est pas proportionnelle aux explications, à la constitution d’idéaux et d’extrémités, notre vie s’est changée en activité tonitruante et folle, n’ayant plus aucun sens. La valeur d’une chose dépend de notre désir, et sa perfection réside dans son lien à un plan ou à un tout. Le savoir sans la philosophie est un ensemble de choses n’ayant ni perspective ni valeur, et qui ne peut nous garder du meurtre, ni nous sauver du désespoir. Le savoir, c’est connaître, tandis que la philosophie, c’est la sagesse et la raison. La philosophie également, comme nous le savons, dispose d’un champ étendu, et tout individu disposant d’une réflexion puissante et de la capacité de compréhension peut dire au sujet de questions philosophiques des choses qui ne sont venues à l’idée de personne avant lui, c’est pourquoi la lecture de ce que les savants ont écrit à la marge des livres des philosophes peut s’avérer profitable à ceux qui veulent être avisés à propos de la théorie des philosophes. Personne ne peut enseigner la philosophie à quelqu’un. Le fait de devenir philosophe ne comporte pas de voie déterminée, comme par exemple un programme établi par un philosophe établi. Si un individu, soit par goût personnel et par sa volonté, soit du fait que l’éducation nationale a manqué le guider, n’a pas encore d’attachement pour la philosophie, quel argument peut-on bien lui donner pour qu’il y trouve un quelconque intérêt ?

Photos aléatoire

Masjed Hakim - Ispahan (5) : Masjed Hakim - Ispahan (9) : Masjed Hakim - Ispahan (12) : Mausolée de l'Imâm 'Alî (as) - Najaf (1) : Imâmzâdeh Esmâ'îl - Ispahan (3) : Madresseh Tchahâr Bâgh - Ispahan (22) : Mosquée de Koufa (2) : Tombe de Marhûm-e Haddâd (ra) - Karbalâ (2) : Wâdi as-Salâm - Najaf (2) :

Nous contacter

Accusantium doloremque laudantium, totam rem aperiam, eaque ipsa quae ab illo inventore veritatis et quasi architecto.
Nom
E-mail
Message *