Le culte du totem dans la religion zoroastrienne ancienne

Selon les Iraniens anciens, zoroastriens, le cyprès est un arbre paradisiaque descendu sur terre. A l’époque de la cueillette et de la chasse, durant laquelle la viande animale constitue l’aliment principal de l’être humain, chaque peuple est contraint de se trouver dépendant des animaux. Ainsi, il les regarde avec respect et considère qu’ils sont à l’origine des forces de la vie. Le culte du totem animal et les mythes relevant des miracles animaliers proviennent de là. Selon les traditions iraniennes, Keykhosrow (l’un des rois de la dynastie des Keyhânyân) est allaité par une chienne, et Ardeshir (l’un des rois sassanides) par une chèvre, tandis que Hakhâmenesh[1] est élevé par un aigle. Selon le Shâhnâmeh (Le Livre des rois) de Ferdowsî, lorsque Zâl, le père de Rostam, vient au monde, il a des poils blancs sur tout le corps. Sâm, son père, est si contrarié par ce problème qu’il le livre à la mort. Cependant, le Sîmorgh[2] se prend d’affection pour l’enfant et le nourrit. Dans les folklores de nombreux peuples, de grands miracles sont attribués aux oiseaux. Dans le Shâhnâmeh, les poèmes de ‘Attâr, de Mawlavî[3] et d’autres poètes safavides, le Sîmorgh est l’emblème de la puissance. Dans les mythes iraniens, le Homâ[4] est le maître de la générosité. Le culte du totem, ou totémisme, consiste à avoir foi dans un totem. Le totem est un animal, une plante ou un élément, qui est pris comme origine ou comme ancêtre par un ensemble social primaire. C’est pourquoi le totem occupe une position centrale dans la vie de ce groupe.

Le Docteur Jamshîd Âzâdegân (Professeur d’Histoire des religions à l’Université Shahîd Beheshtî de Téhéran) pense que la différence entre l’idole et le totem réside dans le fait que l’idole est toujours façonnée par la main humaine, sous de multiples formes sculpturales, et que d’une manière générale, elle représente une chose, alors que premièrement, le totem symbolise l’ensemble des représentants d’une espèce animale ou végétale, et deuxièmement, il concerne rarement les choses créées par l’homme. Les gens de la tribu ne se pensent pas distincts du totem, ils se considèrent comme les parents du totem, ou bien ils pensent le totem distinct d’eux, et portent originellement le nom de leur totem pour lui témoigner du respect. S’il s’agit d’un animal, ils ne lui font pas de mal, ne le tuent pas, ne l’emploient pas dans leur alimentation. S’il s’agit d’une plante, ils ne la cueillent pas. Ils n’accomplissent pas tout ce qui selon eux pourrait déplaire au totem.

Dans la mythologie antique de l’Iran ancien, beaucoup d’individus prennent le nom d’animaux, comme Gorâz[5] et Gorgîn[6], et vraisemblablement les noms des animaux que l’on monte, comme Goshtâsb[7], Jâmâsb (le mot asb, présent dans ces deux noms, signifie cheval) et Zartosht[8], qui vient de zardâshotor (de zard, jaune et shotor, chameau). De la même manière, les noms composés tel Shîr ‘Alî[9], Maklaf ‘Alî, Gorg ‘Alî[10] et Qûsh ‘Alî[11], que l’on retrouve à l’époque musulmane, sont des vestiges des noms totémiques. A l’époque agraire, la terre et l’eau, les plantes et la rotation des saisons prennent de l’importance dans la vie humaine. Aussi, apparaissent les cultes de totems végétaux, les mythes dans lesquels l’être humain et la plante prend chacun la forme de l’autre, ainsi que les célébrations liées à la maladie. L’être humain attribue de nombreux miracles aux plantes.

Dans la plupart des pays, le culte de l’arbre provient d’un lointain passé. Aujourd’hui encore, dans bien des lieux, comme en Inde du nord, certains arbres sont considérés comme sacrés. Selon les anciens Iraniens, Zartosht a apporté du paradis le cyprès sur la terre.

La croyance dans les miracles des plantes est patente dans les récits de la guerre opposant Rostam à Esfandiâr[12], et dans les mythes liés à San Taru, le héros japonais. Comme Rostam rentre blessé de la bataille contre Esfandiâr, sur la recommandation de Zâl, il se tourne vers le Sîmorgh. Le Sîmorgh l’emmène une nuit du côté de la mer de Chine et le guérit, il lui ordonne d’emporter une branche particulière du tamaris, d’en faire une flèche et de la lâcher en direction de l’œil d’Esfandiâr.

Le culte du totem végétal amène le thème de la transformation de l’être humain en plante et vice-versa. Selon le folklore de l’Iran ancien, Mashieh et Mashianeh (Adam et Ève (as)) surgissent d’un pied de rhubarbe… En Iran, on trouve de nombreux mythes à propos de Siâvosh[13], dont voici en résumé la teneur : un jeune homme charmant trouve la mort. Son sang coule sur la terre et y pénètre. A cet endroit, une fleur se met à pousser. Cette notion a également cours dans le Shâhnâmeh de Ferdowsî. Ferdowsî rappelle que lorsqu’Afrâsiâb Tûrânî[14] ordonne que l’on tranche la tête de Siâvosh, la fleur « sang de Siâvosh » se met à pousser à partir de son sang. L’eau a une importance vitale pour l’être humain, en particulier lorsqu’il est cultivateur. Aussi, le fait qu’il vienne à l’adorer est inévitable. On trouve des mythes à propos de l’eau et de ses miracles dans les sociétés anciennes. Selon les traditions zoroastriennes, après que l’épouse de Zartosht[15] se soit accouplée avec son époux, elle se rendit dans une source et s’y lava. Elle confia la semence de Zartosht à la source, afin que dans les millénaires à venir, lorsque les jeunes vierges viendront s’y laver, la semence de Zartosht soit déposée en elles, les rendant enceintes de lui. Là, elles mettront au monde les trois fils de Zartosht, destinés à guider les gens… Dans les coutumes anciennes, l’eau possède la nature de la divinité. Des divinités de l’eau y sont adorées. Dans l’Iran antique, on offre des sacrifices à Ânâhîtâ, la déesse de l’eau.



[1] Achéménès, le fondateur de la dynastie achéménide. Les notes sont du traducteur.

[2] Oiseau fabuleux présent dans les mythes de l’Iran ancien. Son nom (sî – morgh) signifie « trente – oiseaux ». Revisité par ‘Attâr, le mythe se teinte de mystique musulmane, toujours tournée vers l’unicité de l’existence : trente oiseaux partent à sa recherche, et ce n’est qu’au bout de leur quête qu’ils réalisent que le Simorgh, c’est eux réunis !

[3] Jalâl al-Dîn Rûmî.

[4] Oiseau mythique dont l’ombre donne le bonheur (on comprend alors pourquoi l’une des plus grandes chaînes d’hôtels en Iran porte son nom !).

[5] Sanglier.

[6] Le galeux.

[7] Nom d’un roi légendaire de l’épopée iranienne, père d’Esfandiâr.

[8] Zarathoustra.

[9] Lion de ‘Alî.

[10] Loup de ‘Alî.

[11] Bélier de ‘Alî.

[12] Fils de Goshtâsb.

[13] Nom d’un héros de l’épopée iranienne, fils de Keykâvus. Egalement : capillaire (fougère à pétioles très fins).

[14] Le roi mythique et héros de Tûrân.

[15] = Zardosht.

 

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