L’attente et le débat sur la fin des temps dans les débats politiques, sociaux et historiques contemporains

Avertissement : Le style de cet article est oral. Ainsi, le lecteur se fera une idée de la manière dont les religieux iraniens conduisent leurs prônes, ce texte étant assez représentatif du style employé dans les mosquées, les hosayniyeh[1] et autres lieux et circonstances. Aussi, les redites ont été maintenues.

 

Certains, en s’appuyant sur le fait qu’une fois empli d’injustice et d’iniquité, ce monde se trouvera empli de justice et d’équité, s’opposent à toute forme d’amendement. Ils disent que ce monde doit se remplir d’injustice et d’iniquité, afin qu’il soit révolutionné d’un seul coup, et soit rempli de justice et d’équité. Même s’ils ne le disent pas, au fond de leur cœur, ils s’opposent à la réforme. S’ils voient quelqu’un faire un pas vers l’amélioration, ils sont mécontents. Lorsqu’ils voient dans une société un signe d’attention portée par les gens en direction de la religion, ils sont réellement insatisfaits. Ils disent que cela ne doit pas se passer ainsi, il faut que cela aille de mal en pis, afin que son Excellence (as) fasse son apparition. S’il est question de faire quoi que ce soit pour que les gens se tournent vers la religion, nous aurons trahi l’apparition de l’Imâm al-Mahdî (as), et nous l’aurons retardée.

En est-il vraiment ainsi ? Certaines des philosophies reconnues par certains systèmes sociaux et politiques sont partisanes du fait que révolution soit synonyme d’explosion. Selon elles, tout ce qui s’oppose à l’explosion est mauvais. Pour cette raison, nous pouvons observer que certaines voies, que certains systèmes sociaux s’opposent, d’une manière générale, aux amendements. Ils disent : « Que sont ces amendements que vous voulez instituer ? Laissez-les, que cela reste ainsi, laissez-lez, que la situation empire, que les problèmes et les rancunes augmentent, que le mécontentement et la tyrannie augmentent, que les actes soient de plus en plus désordonnés, malheur sur malheur, jusqu’à ce que d’un coup cela soit inversé à la racine, et que la révolution s’opère. »

 

Notre jurisprudence est ici limpide. Est-ce que nous devons, nous musulmans, penser ainsi à propos de l’apparition de son Excellence l’Argument[2] (as) ? Devons-nous dire : « Laissez le péché s’accroître, laissez la conjoncture se détériorer, alors cessons d’ordonner le bien et d’interdire le mal, cessons d’élever nos enfants, et même, afin que nous participions à l’apparition de son Excellence l’Argument (as), que Dieu nous en préserve, cessons de prier, cessons de jeûner, n’accomplissons aucun de nos devoirs, et encourageons les autres à abandonner la prière, à abandonner le jeûne, à abandonner l’aumône et le pèlerinage, laissez tout cela disparaître afin de préparer l’apparition du Mahdî (as) » ?

Non, ceci s’oppose sans aucun doute à un principe ferme de l’islam, à savoir que dans l’attente de son Excellence l’Argument (as), aucune obligation ne nous incombe. Il n’y a dans le shiisme ni obligation individuelle, ni obligation collective – alors que cette croyance, d’un certain point de vue, est propre au monde shiite. Quant aux sunnites, vous ne trouverez pas un savant disant que l’attente de son Excellence l’Argument (as) fasse que la plus petite obligation nous incombe. Aucune obligation ne nous incombe. Ceci constitue une forme d’exégèse de l’apparition de son Excellence l’Argument (as).

 

L’autre penchant dit qu’il est question de mûrissement et non d’explosion, comme un fruit se trouve en voie de mûrissement. Le fruit doit être cueilli en son temps, c'est-à-dire qu’il doit parcourir le chemin de son développement graduel et ainsi parvenir au stade auquel il doit être cueilli. La question de l’apparition de son Excellence l’Argument (as) comporte des similitudes avec le mûrissement d’un fruit, c'est-à-dire que s’il n’a pas encore fait son apparition, ce n’est pas uniquement parce que le péché a diminué, mais parce qu’à l’instar de ce fruit, ce monde n’a pas encore atteint le stade nécessaire. Pour cette raison, vous trouvez souvent ceci dans les hadiths shiites : dès que cette minorité de trois cent treize personnes sera présente, l’Imâm (as) accomplira son retour. Cette minorité de trois cent treize personnes – un peu moins ou un peu plus – n’existe toujours pas, c'est-à-dire que le temps doit continuer de s’écouler pour que d’un point de vue, la corruption augmente, et que d’un autre point de vue, apparaissent ceux qui doivent former le gouvernement et se saisir des rênes du monde qui se placera sous leur étendard et suivra leur tempérament. De tels hommes méritants ne sont toujours pas apparus dans ce monde. Certes, « tant que le désordre ne sera pas là, l’ordre ne pourra être établi », mais il y a malheur et malheur.

 

Le désordre a toujours été présent dans le monde, l’ordre suit le désordre, et ensuite cet ordre se change en désordre, mais le désordre se trouve à un niveau plus élevé (de société), et non à un niveau plus faible. Ensuite, ce désordre sera changé en ordre, mais de nouveau à un niveau supérieur à l’ordre premier, puis cet ordre se changera en désordre, mais là encore à un niveau plus élevé que le précédent. Cela signifie que ce désordre faisant suite à cet ordre est peut-être même préférable à cet ordre. Pour cette raison, on dit que le mouvement qui est celui de la société humaine est un mouvement en forme de spirale, et qu’il s’agit d’un mouvement périodique élévatoire. Tandis que la société humaine tourne, elle ne tourne pas sur un niveau stationnaire, elle tourne en colimaçon vers le haut. Oui, l’échelon de l’ordre penche vers le désordre, mais vers un désordre qui, tout en en étant un, se trouve à un niveau plus élevé.

Il ne fait pas de doute qu’aujourd’hui, notre monde est un monde troublé et brisé, qu’il s’agit d’un monde qui échappe à l’autorité des grands dirigeants de tout premier plan, or ceci est un désordre au niveau du monde, il diffère du tout au tout du désordre qui touche un village, comme il diffère du tout au tout de l’ordre régissant un village, qui diffère à son tour du tout au tout de l’ordre régissant une ville.

 

Par conséquent, nous allons nous aussi à la fois vers le désordre et vers l’ordre, dans le même temps. Alors que nous allons vers l’apparition de son Excellence l’Argument (as), nous allons en même temps vers le désordre, parce qu’il faut passer de l’ordre au désordre. Avant – il y a cinq cents ans en arrière –, est-ce que les idées répandues parmi les gens d’aujourd’hui avaient cours ? Aujourd’hui, les intellectuels du monde disent : « La seule façon de régler les problèmes contemporains est de former un unique gouvernement mondial. »

Dans le passé, une telle idée ne pouvait traverser l’esprit des gens. Ainsi, alors que nous allons vers le désordre, nous allons en même temps vers l’ordre, et pour cette raison l’islam n’ordonne en aucun cas que vous accomplissiez des obligations. S’il en était autrement, il ordonnerait que vous commettiez ce qui est interdit, que vous abandonniez ce qui est prescrit, que vous cessiez d’ordonner le bien et d’interdire le mal, que vous cessiez d’éduquer vos enfants, que vous laissiez la corruption s’étendre. Vous qui allez accomplir la prière, qui jeûnez, qui ordonnez le bien et interdisez le mal, qui rédigez des livres, qui prononcez des discours et faites du prosélytisme islamique, vous qui voulez élever le niveau de la propagande, vous qui voulez amender, vous ne faites que retardez l’apparition de son Excellence l’Argument (as). Eh bien non, ces améliorations également font se rapprocher l’apparition de son Excellence l’Argument (as), de la même manière que ces désordres également font se rapprocher l’apparition de son Excellence l’Argument (as).

 

La question de l’attente de l’apparition de son Excellence l’Argument (as) ne doit jamais nous laisser imaginer qu’il nous incombe, à nous qui sommes dans l’attente de l’apparition, telle ou telle obligation – petite ou grande –, aucune obligation ne nous incombe. Efforcez-vous d’accorder votre réflexion sur la question de son Excellence l’Argument (as) avec ce qui se trouve dans les sources islamiques. La plupart d’entre nous ont fait de cette question un souhait enfantin formé par celui qui s’est laissé gagner par le complexe et la vengeance.

Il semble que son Excellence l’Argument (as) attende uniquement le moment où Dieu, Béni et Exalté, lui donnera la permission de, par exemple, nous immerger dans le bonheur, ou d’immerger les shiites dans le bonheur, alors même que les shiites que nous sommes ne sont pas même des shiites. Non, ceci est une philosophie d’envergure mondiale, parce que l’islam est une religion mondiale, et parce que le shiisme, dans sa véritable signification, est un fait mondial.

Nous devons prendre cela sous la forme d’une philosophie d’envergure mondiale. Lorsque le noble Coran dit : « Nous avons écrit dans les Psaumes, après le Rappel : ‘En vérité, mes serviteurs justes hériteront de la terre.’ » (sourate Al-Anbiyâ’ (Les prophètes) ; 21 : 105), l’apparition du Mahdî promis (as) est la réalisation d’une promesse que Dieu le Très-Haut a faite durant les temps les plus reculés, dans les Livres célestes des justes, auxquels la terre reviendra. Il est question de la terre et non d’un lieu ou d’un autre, d’un peuple ou d’une race.

Premièrement, ceci représente pour l’avenir du monde l’espoir que ce monde ne sera pas détruit. Aujourd’hui, en Europe, circule l’idée que l’être humain est parvenu à un niveau de civilisation tel qu’il ne se trouve plus qu’à un pas de la tombe qu’il a lui-même creusée. Si l’on se réfère aux apparences, il en est bien ainsi, cependant, les principes de la religion nous disent : « La vie heureuse de l’être humain se situe dans l’avenir, ce qui est présentement est transitoire. »

Deuxièmement, cette époque sera celle de la raison et de la justice.

 

La communauté humaine doit traverser trois époques. L’une d’elles est l’époque de la mythologie et des légendes, celle que le Coran appelle l’époque de l’ignorance[3]. La seconde est l’époque du savoir, mais du savoir et de la jeunesse[4], ce qui en fait l’époque du règne de la colère et de la concupiscence. En vérité, autour de quel axe tourne notre époque ? Si l’on évalue cela avec précision, on verra que l’axe autour duquel tourne notre époque est soit la colère, soit la concupiscence, voire même les deux. Notre époque est plus que jamais l’époque de la bombe (donc celle de la colère), et l’époque de la mini-jupe (donc celle de la concupiscence). Une époque viendra-t-elle avec un gouvernement qui ne soit pas celui des mythes, ni celui de la colère, de la concupiscence, de la bombe ou de la mini-jupe ? Une époque pendant laquelle la connaissance, la justice, la paix, l’humanité et la spiritualité règneront réellement ? Comment se fait-il qu’une telle époque ne survienne pas ? Enfin, est-il seulement possible que Dieu ait créé ce monde, qu’Il ait créé l’homme en tant que plus noble des créatures, et qu’ensuite, Il mette l’humanité entière sens dessus dessous avant même qu’elle ait pu atteindre l’époque de sa maturité ? Donc, l’attente du Mahdî (as) est une très grande philosophie.

 

L’idéal du soulèvement et de la révolution du Mahdî (as) est une grande philosophie sociale islamique. En plus d’être inspirateur d’idées et de solutions tournées vers l’avenir, ce grand idéal constitue un miroir très convenable pour connaître les idéaux islamiques. Cette promesse comporte des bases et des éléments différents, certains sont philosophiques et universels et font partie de l’idéologie islamique, d’autres sont culturels, d’autres encore sont politiques, économiques, sociaux, humains et/ou naturels.

La racine des corruptions et des perversions se trouve dans le manque de spiritualité de l’être humain. L’être humain traverse toujours l’époque de la jeunesse et de l’inexpérience, la colère et la concupiscence le gouvernent, ainsi que sa raison. L’être humain proche de son innéité s’engage dans la voie du perfectionnement intellectuel, moral et spirituel. Ni la corruption ni la malfaisance ne se doivent d’être inséparables de la nature humaine, ni la violence de la civilisation ne doit causer la catastrophe d’un suicide collectif. Un avenir suffisamment lumineux, heureux et humain attend l’humanité, tandis que cette corruption et cette malfaisance seront arrachées à la racine. Ceci est l’idéologie inspirée que la religion prodigue. La sainte promesse du soulèvement et de la révolution du Mahdî attendu (as), en islam, se trouve à la base de cette idéologie.



[1] Lieu où une confrérie locale organise les cérémonies se rapportant à l’Imâm al-Hosayn (as), et par extension, à la plupart des commémorations du calendrier shiite.

[2] L’Argument de Dieu (as).

[3] La Jahiliya.

[4] Dans le sens de l’immaturité.

 

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