Personnalité et croyances du pharaon de l’époque de Mûsâ (as)

Le mot pharaon découle de la racine copte[1] « pe r » qui a pour signification « grand édifice » et est adopté comme titre par les souverains d’Égypte à l’époque ancienne. Selon ‘Allâmeh Tabâtabâ’î, « le mot pharaon n’est pas le nom du souverain d’Égypte, mais son titre[2], comme celui de Khédive par lequel les Egyptiens ont appelé leurs souverains plus généralement, ou comme celui de Qaysar[3] donné aux souverains byzantins, celui de Kasrâ donné aux souverains persans ou celui de Faghfûr[4] donné aux souverains chinois. S’agissant de savoir quel est le nom du pharaon contemporain de Mûsâ ibn ‘Imrân (as), celui-là même qui est noyé [dans le Nil] par Mûsâ (as), le Coran ne le précise pas.

Le premier à être connu dans l’histoire de l’Égypte ancienne pour porter le titre de pharaon est le souverain que l’on nomme le ‘roi scorpion’ et dont le nom n’est pas connu ; cependant, dans le hiéroglyphe gravé qui existe à son propos sur une massue de pierre, on le voit face à un scorpion, et c’est pour cette raison qu’il est ainsi nommé. Parmi les pharaons d’Égypte, nous pouvons citer Khoufou (Khéops), Khaéfrê (Khéphren), Menkaouré (Mykérinos), Ramsès II, Akhénaton (Aménophis IV), Toutânkhamon, la reine Hatchepsout, et Thoutmôsis III. Parmi tous ces pharaons, les plus célèbres sont : Khoufou (Khéops), Khaéfrê (Khéphren) et Menkaouré (Mykérinos) pour la construction des trois pyramides célèbres, Thoutmôsis III et Ramsès II pour l’immense puissance engagée dans la gestion du pays et dans les conquêtes, Akhénaton pour sa rébellion contre l’ensemble des croyances des pharaons précédents, et parce qu’il a fait construire la ville d’Akhen Aton (l’horizon d’Aton)[5], selon ce même dessein, et Toutânkhamon pour sa mort curieuse à l’âge de dix-huit ans et du trésor conservé dans sa tombe. »

 

Les croyances de Pharaon

 

Dieu dit dans la sourate Al-A‛râf : « Les chefs du peuple de Pharaon dirent : ‘Laisserez-vous Moïse et son peuple corrompre la terre et te délaisser, toi et tes divinités ?’ Il répondit : ‘Nous tuerons leurs fils ; nous laisserons vivre leurs filles et nous les dominerons ! » (sourate Al-A‛râf ; 7 : 127). Pharaon prétend à la divinité tout en adorant des dieux. ‘Allâmeh Tabâtabâ’î déclare : « Le fait que les grands parmi le peuple de Pharaon disent : ‘et te délaisser, toi et tes divinités confirme qu’il est intrigué au sujet du meurtre de Mûsâ (as)[6]. En voici le sens : ‘Ô Pharaon ! Cet homme, en plus de la corruption que lui et son peuple ont suscité sur la terre, n’a pas voulu non plus se soumettre à ton culte et à celui de tes dieux.’ Cette phrase montre clairement que, d’une part, Pharaon prétend à la divinité et appelle les gens à l’adorer et que, d’autre part, il voue lui-même un culte à des dieux. L’histoire atteste ce fait concernant une partie des nations anciennes. Parmi elles, on rapporte qu’à Byzance[7] et dans d’autres Etats, on adore les grands de la famille, les chefs des tribus et des clans nomades, tandis que ces grands et ces chefs vénèrent eux-mêmes leurs premiers ancêtres, ainsi que certaines idoles.

On trouve également dans l’histoire que certains idolâtres attribuent aux idoles qu’ils adorent d’autres idoles et d’autres divinités. Ils croient ainsi que les idoles, qui sont l’objet de leur adoration, adorent elles-mêmes ces idoles. Par exemple, prenant leur père et leur mère pour leurs dieux, ils croient que leur père et leur mère également ont des dieux à eux. C’est là une chose banale que l’on trouve couramment dès lors que l’on s’intéresse à ce sujet. Mais le Coran fait s’adresser Pharaon à son peuple en ces termes : ‘Je suis votre Seigneur, le Très-Haut[8] !’ (sourate Al-Nâzi‛ât (Qui arrachent) ; 79 : 24). Ailleurs, on peut lire également : ‘Ô vous, les chefs du peuple ! Je ne vous connais pas d’autre dieu que moi-même ! ’ (sourate Al-Qasas (Le récit) ; 28 : 38). Là, il semble plutôt que Pharaon n’ait pas lui-même pris d’objet d’adoration et considère qu’il est le seul objet de l’adoration de son peuple. »

C’est pourquoi certains historiens présentent Pharaon comme étant en réalité un matérialiste, un athée, et qu’il ne croie absolument pas au monde créé, qu’il interdit aux gens l’adoration des idoles et prétend qu’il ne faut adorer que lui. C’est pour cette même raison que certains ont lu dans le verset en question wa lihataka / ولاتك au lieu de wa alihataka / والهتك, ce qui met à la fois l’accent sur l’adoration et à la fois en confirme la signification. Cependant, ce qui semble plus juste est ce qui apparaît à travers l’aspect visible de la phrase discutée. Si l’on considère la phrase : « Je ne vous connais pas d’autre dieu que moi-même ! », il n’y a guère plus à comprendre qu’il entend par là interdire les autres dieux, les autres divinités qui gouvernent les affaires propres aux anciens Égyptiens, affaires qu’il exige administrer lui-même. Il n’est d’ailleurs pas le seul à énoncer de tels propos ; tous les idolâtres disent cela, car pour chaque catégorie parmi les catégories de créatures comme le ciel et la terre, la mer et les terres émergées, les peuples, et de même pour les différentes sortes d’accidents comme la paix et la guerre, l’amitié et l’inimitié, la laideur et la beauté, ils croient à des dieux séparés ; parmi tous ces dieux, ils adorent ceux qui subviennent à leurs besoins. Les habitants des rivages marins par exemple, adorent principalement le dieu de la mer et celui de la tempête.

Par conséquent, lorsque Pharaon dit : « Je ne vous connais pas d’autre dieu que moi-même ! », il dit : « Je n’ai pour vous, Égyptiens anciens, pas d’autre dieu que moi. Votre dieu, ô Égyptiens, c’est moi, et non celui par lequel Mûsâ (as) prétend être envoyé, et que lui adore. » Ceci est corroboré par un autre passage que l’on peut lire plus loin dans le Coran : « Ô Haman ! Allume-moi du feu sur la glaise ; construis-moi une tour, peut-être, alors, monterai-je jusqu’au Dieu de Moïse. Je pense cependant que Moïse est un menteur. » (sourate Al-Qasas (Le récit) ; 28 : 38). Ces mots indiquent clairement que pour Mûsâ (as), Pharaon doute quant à sa propre divinité, ce qui fait que dans la phrase précédente il refuse de renier l’existence de l’autre Dieu et dit : « Je sais qu’il n’existe pas mais je veux au contraire interdire et renier l’existence d’un tel Dieu. » En résumé, il sous-entend : « Je n’ai pas d’autre dieu pour vous que moi », et non : « Vous n’avez pas d’autre dieu que moi. »

 

Avis différents au sujet de la religion et des croyances de Pharaon

 

Si l’on résume ce qu’est la religion des idolâtres, nous pouvons dire que ceux-ci considèrent que Dieu est pur de se voir adorer par quelqu’un, qu’Il est exempt de voir un autre que Lui accéder au Seuil de Sa présence. C’est ainsi que s’ils veulent se trouver en présence de Son Seuil, ils font de certaines de Ses créatures, Ses médiateurs, et adorent ces intermédiaires qui peuvent être des anges, des djinns, ou des saints parmi les êtres humains. La plupart des idolâtres choisissent comme objet d’adoration les grands rois ou les grands sultans, ils les considèrent comme les dépositaires de la manifestation de la grandeur de Dieu. Dans le même temps, le fait qu’un sultan ou un roi soit pour eux l’objet de leur adoration ne gêne en rien leur conception que ce sultan vénère lui-même un autre objet d’adoration. Ainsi, il est d’une part le dévot de son Dieu et d’autre part l’objet de l’adoration des autres. C’est ce que l’on observe dans la Rome antique où la plupart des Romains sont des idolâtres, sachant que le maître de maison est considéré comme le dieu de la maisonnée. Le pharaon de l’époque de Mûsâ (as) fait de même car d’une part il est le dieu des gens, et d’autre part il prétend à la divinité et les gens l’adorent. C’est cela également qui transparaît à travers les versets du noble Coran, et c’est là que s’éclaire le problème soulevé par la plupart des exégètes.

Dans le Rûh al-Ma‛ânî, il est écrit : « Certains exégètes croient que Pharaon est un gnostique ayant la connaissance directe de Dieu, Honoré et Glorieux, mais que c’est son opiniâtreté qui l’empêche de se soumettre à l’appel de Mûsâ (as). Pour appuyer cette revendication, ce groupe d’exégètes évoquent une série de versets. Ils s’appuient également sur le fait que le sultanat de Pharaon n’excède pas les Égyptiens anciens et ne se rend pas jusqu’aux frontières syriennes, ce qui est attesté par l’épisode où Mûsâ (as) fuit sa cour pour se rendre à Madian où Shu‛ayb (as) lui dit : ‘Ne crains rien, tu as échappé au tyran.’ Avec un cas pareil, comment croire qu’il soit le dieu du monde entier ? En sus, ils prennent pour preuve que Pharaon est assurément quelqu’un d’intelligent, qui a atteint le stade de la décision, or tout individu doué d’intelligence sait nécessairement et de façon innée qu’il n’était pas et qu’il est venu à exister, et celui qui sait cela a besoin d’être administré, et de fait, il a donc besoin d’un administrateur. »

D’autres prétendent que Pharaon ne connaît pas Dieu. Ceux-là conviennent toutefois qu’aucun être doué d’intelligence ne peut croire qu’il est lui-même le créateur du ciel, de la terre, et de ce qui se trouve entre les deux. En fait, ils divergent sur ce qui explique que Pharaon n’a pas connaissance de Dieu. Certains supposent qu’il est athée et qu’il nie l’existence du Créateur, et/ou évoquent la possibilité qu’il croie que la manifestation de l’existant ne nécessite pas un agent, et que le monde est venu à exister de façon accidentelle. Cette théorie est notamment attribuée à Démocrite et à ses partisans. D’autres exégètes estiment que Pharaon est un philosophe dans le sens où il a foi en l’existence d’une cause qui préside l’apparition du monde. D’autres encore évoquent la possibilité qu’il compte parmi les adorateurs des astres, qu’il fait lui-même partie des idolâtres, et/ou même des adeptes de la métempsychose qui croient que Dieu dispose d’un corps. Ils disent que s’il prétend à sa propre divinité, son objectif consiste en réalité à faire que ses subalternes lui obéissent et n’obéissent pas à quelqu’un d’autre. Si l’on se réfère à la réalité des religions des idolâtres, on verra qu’aucun de ces avis, aucune de ces suppositions, ni aucune des preuves qu’elles mettent en œuvre ne correspond à la réalité.

 

Fakhr Râzî à propos des croyances de Pharaon et des problèmes qu’elles posent

 

Certains supposent et affirment que Pharaon est un matérialiste, un athée. C’est apparemment l’éventualité que retient Fakhr Râzî. Voici ce qu’il dit dans son Tafsîr : « Ce qui vient à l’esprit, c’est que soit Pharaon est un homme intelligent, soit il n’est pas intelligent. S’il n’est pas intelligent, la sagesse divine veut que Dieu n’envoie pas de prophète à un individu pareil. Et s’il est intelligent, et si son intelligence est de surcroît entière, il n’est pas rationnel de penser qu’un tel individu puisse croire à sa propre divinité et qu’il soit le créateur du ciel et de la terre. Et même si nous passons sur lui, il n’est pas rationnel que de nombreuses personnes parmi celles qui sont douées d’intelligence puissent croire cela à son propos, parce que la sérosité de cette croyance compte parmi les nécessités de l’intelligence.

Aussi, il est préférable de supposer que Pharaon est un athée niant l’existence du Créateur et qu’il considère que les étoiles gouvernent le monde terrestre tandis que lui administre les êtres humains. Ainsi, lorsqu’il dit : ‘Je suis votre Seigneur, le Très-Haut !’ (sourate Al-Nâzi‛ât (Qui arrachent) ; 79 : 24), il dit en réalité : ‘Je suis votre précepteur, le mandataire de vos grâces et le dispensateur de votre quotidien.’ Et lorsqu’il dit : ‘Je ne vous connais pas d’autre dieu que moi-même !’ (sourate Al-Qasas (Le récit) ; 28 : 38), il dit en réalité : ‘Je n’ai en dehors de moi personne à vous faire adorer.’ Si sa ligne de conduite et sa doctrine ont cette teneur, il n’est donc pas futile de dire qu’il a fait des étoiles des idoles pour pouvoir les adorer et que, comme les autres adorateurs des corps célestes, il recherche leur faveur. »

 

Les difficultés que posent les paroles de Fakhr Râzî

 

Les difficultés qui émanent de son discours proviennent selon nous du fait qu’il ne réalise pas qu’au regard des idolâtres et des adorateurs des corps célestes, la divinité ne recouvre pas la notion de création des cieux et de la terre. Or, aucun idolâtre, aucun adorateur des corps célestes ne croit que son idole, son étoile, est le Créateur des cieux et de la terre. Au contraire, dans leur conception, la divinité administre une partie des affaires de ce monde, ce que Fakhr Râzî lui-même suppose d’ailleurs en conclusion de son discours. Par ailleurs, il fait une autre erreur, parce qu’aucun athée n’adore les étoiles et aucun adorateur d’étoiles n’est athée ni ne nie l’existence du Créateur.

Ainsi, en vérité, c’est comme nous l’avons dit : Pharaon se considère comme le dieu de l’Égypte et des Égyptiens, et s’il désavoue qu’un autre Dieu puisse être l’objet de leur adoration, cela concerne leurs croyances et non le fait qu’il dénie leur qualité de créature ainsi que celle de Créateur, de Dieu le Glorifié. « Il répondit : ‘Nous tuerons leurs fils ; nous laisserons vivre leurs filles et nous les dominerons ! » (sourate Al-A‛râf ; 7 : 127). Cette phrase constitue une promesse que Pharaon fait à ses sujets ; il les réjouit en leur disant que l’austérité et la persécution dont il a fait preuve avec les Banî Isrâ’îl va reprendre, qu’il va tuer leurs fils et laisser la vie sauve à leurs filles pour en faire les servantes des Égyptiens. Enfin, pour apaiser leur colère et faire disparaître leur agitation intérieure, il ajoute également: « Nous les dominons. »

 

L’ignorance de Pharaon

 

Dieu dit dans la sourate Al-Qasas  : « Ô Haman ! Allume-moi du feu sur la glaise ; construis-moi une tour, peut-être, alors, monterai-je jusqu’au Dieu de Moïse. Je pense cependant que Moïse est un menteur. » (sourate Al-Qasas (Le récit) ; 28 : 38). Dans cette phrase, Pharaon fait des allusions sur Mûsâ (as) qui invite les gens à la vérité et appuie son appel par des miracles, il sous-entend ainsi: « La vérité et la rectitude de ce à quoi tu appelles ne sont pas établies pour moi. De même, il n’est pas établi pour moi que les prodiges que tu as accomplis proviennent de Dieu le Très-Haut. Aussi, je n’ai absolument pas d’autre objet d’adoration que moi-même à proposer aux gens. » Quand Pharaon annonce : « … je n’ai absolument pas d’autre objet d’adoration que moi-même à proposer aux gens », il amène le sujet de telle façon et l’oriente de telle manière qu’il se fait d’emblée une place dans le cœur des gens et se fait accepter. C’est ce qui apparaît également dans un autre passage qui est rapporté de lui : « Je ne vous montre que ce que j’ai vu moi-même. Je ne vous dirige que sur le chemin de la rectitude. » (sourate Al-Ghâfir (Le pardonneur) [9] ; 40 : 29).

Voici ce que l’on peut en retenir : Pharaon déclare aux notables parmi son peuple que pour lui, les versets et les miracles de Mûsâ (as), ainsi que son appel, ne garantissent pas qu’il existe une divinité dans le monde qui soit le Seigneur des mondes, et qu’il n’a en dehors de lui-même absolument personne à leur faire adorer. Là, il ordonne à Hâmân de construire une tour, car peut-être qu’au sommet de cette tour, il en apprendra davantage sur le Dieu de Mûsâ (as). Ceci indique que la phrase: « … je n’ai absolument pas d’autre objet d’adoration que moi-même à proposer aux gens » est comme le palais dans le cœur (à savoir que ce que Mûsâ (as) réserve à Dieu, Pharaon le réserve à lui-même). Mûsâ (as) n’établit la divinité qu’à l’égard de Dieu et la dénie à tout autre que Dieu, or, Pharaon fait exactement le contraire, il établit la divinité pour lui-même, et la dénie à Dieu le Très-Haut. Quant aux autres dieux que son peuple adore, ce que dit le verset ne les remet pas en question. « Ô Haman ! Allume-moi du feu sur la glaise ; construis-moi une tour. » Ce qui veut dire : « Mets les briques crues dans le feu et cuit-les. » Le mot sarh / صرح désigne une haute tour du haut de laquelle on domine alentour. Ce nom commun provient du verbe sarh al-shay’a / صرح الشيء qui désigne le fait que des choses apparaissent. Par conséquent, la phrase discutée équivaut à l’ordre de fabriquer des briques et de lui construire un haut palais.

 

Dans ce verset, une petite partie des pensées médiocres et des imprévoyances de Pharaon laisse voir que c’est son ignorance qui le conduit à sa perte. « Ô Haman ! Allume-moi du feu sur la glaise ; construis-moi une tour, peut-être, alors, monterai-je jusqu’au Dieu de Moïse. Je pense cependant que Moïse est un menteur. » Dans cette phrase le mot ilah / اله / le Dieu, est rattaché à Mûsâ (as), nous lisons donc « le Dieu de Mûsâ (as) », ce qui montre que Pharaon ne le connaît pas. Ce Dieu, c’est Mûsâ (as) qui appelle les gens à Lui, aussi, cette parole pose une conclusion à la place d’une introduction là où il aurait dû dire : « Construis-moi une tour, pour que je puisse monter tout en haut et contempler les cieux. Peut-être apprendrais-je quelque chose à propos du Dieu de Mûsâ (as). » On dirait qu’il s’imagine que Dieu le Très-Haut est un corps que l’on peut trouver à une certaine hauteur ou qu’Il dispose d’une demeure dans le firmament, c’est pourquoi il manifeste l’espoir que si on lui construit une tour assez haute, il trouvera à son somment quelque information à propos de Dieu le Très-Haut, ce grand personnage. Il est tout à fait possible qu’il n’ait pas imaginé cela et qu’il veuille simplement induire les gens en erreur pour leur perte. Il est aussi possible que son dessein soit de se faire construire un observatoire astronomique pour pouvoir observer les étoiles, et voir à partir de la disposition des corps célestes si un prophète a effectivement été envoyé et ce, pour confirmer la prophétie de Mûsâ (as) et savoir si ce à quoi appelle Mûsâ (as) est vrai ou pas.

Cette éventualité est corroborée par d’autres paroles qu’il tient, et que le noble Coran énonce ailleurs : « Pharaon dit : ‘Ô Haman ! Construis-moi une tour pour que j’atteigne les cordes, les cordes célestes et je monterai vers le Dieu de Moïse. Je pense que celui-ci est menteur ! » (sourate Al-Ghâfir (Le pardonneur) ; 40 : 36 et 37). « … et je monterai vers le Dieu de Moïse. Je pense que celui-ci est menteur ! » : ici il fait montre d’un progrès par rapport à ce qu’il a dit précédemment : « Je n’ai absolument pas d’autre objet d’adoration que moi-même à proposer aux gens ». En effet, il avance que : « non seulement je suis ignorant au sujet de l’autre Dieu, celui qui n’est pas moi, mais dans cet ordre d’idée, je pense même qu’un tel Dieu n’existe pas, et je pense que Mûsâ (as) est un menteur, que sa prétention est une imposture destinée à égarer les gens. » Dans le verset en question, Pharaon accuse Mûsâ (as) d’être un menteur ; or, ce verset ne mentionne aucune parole venant de Mûsâ (as), alors pourquoi Pharaon affirme-t-il qu’il est un menteur ? La réponse se trouve dans ce que Mûsâ (as) a dit, et que le noble Coran rapporte dans le verset 102 de la sourate Al-Isrâ’ (Le voyage nocturne, sourate 17) : « Tu sais bien que seul le Maître des cieux et de la terre a fait descendre ces choses pour vous éclairer. Ô Pharaon ! Je pense que tu es perdu ! »

Certains exégètes expliquent cette phrase ainsi : « Je n’ai absolument pas d’autre objet d’adoration que moi-même à proposer aux gens » : « cela correspond au fait de nier l’évidence en niant le savoir ». Ce genre d’expression a pour sens que si une vérité existe, cela se sait ! Elle est donc employée pour signifier que si : « je ne connais pas cette chose, elle n’existe pas. » On trouve une expression analogue dans le verset suivant : « Informerez-vous Dieu de ce qu’Il ne connaît pas dans les cieux et sur la terre ? » (sourate Yûnus (Jonas) ; 10 : 18). Cette explication ne s’accorde toutefois pas avec le contenu du verset suivant, car Pharaon poursuit en disant : « Construis-moi une tour afin que j’en apprenne à propos du Dieu de Mûsâ (as). » « Pharaon s’enorgueillit sur terre, sans raison, lui et ses armées. Ils pensaient ne pas revenir vers Nous. » (sourate Al-Qasas (Le récit) ; 28 : 39). Dieu dit à propos de sa position : « Ils les ont niés (Nos Signes) avec injustice et orgueil, alors qu’en eux-mêmes, ils y croyaient fermement. » (sourate Al-Naml (Les fourmis) ; 27 : 14). « Nous l’avons saisi, lui et ses armées ; Nous les avons précipités dans les flots. Considère quelle a été la fin des injustes. » (sourate Al-Qasas (Le récit) ; 28 : 40). Le mot nabadh / نبذ désigne le fait de projeter, de jeter au loin, et le mot yamm / يمّ désigne la mer, et les autres mots du verset sont très clairs. Le ton est offensant envers Pharaon et son armée, et c’est un châtiment effrayant qu’Il amène sur eux. « Nous avons fait d’eux des guides qui appellent les hommes au Feu, et, le Jour de la Résurrection, ils ne seront pas secourus. » (sourate Al-Qasas (Le récit) ; 28 : 41) : l’appel au feu est entraîné par des actions qui ont pour châtiment le feu, et ces actions sont entre autres la mécréance et les différents péchés, et ce sont ceux dont Dieu décrit la résurrection sous une forme infernale qui se retrouveront dans ce tourment. Il est même possible que le mot nâr / نار désigne ces actions qui méritent le feu, et que la notion de feu ait été employée en tant qu’allégorie. L’objet de la phrase : « Nous avons fait des pharaons des guides qui appellent au feu » et la signification du fait d’avoir fait d’eux des guides qui invitent au feu sont les suivants : Dieu a fait d’eux des éclaireurs dans la mécréance et le péché, et en fin de compte, les autres ont suivi leur exemple et les ont rejoints. Et si on se demande pourquoi Dieu a fait de lui le guide vers la mécréance, et si cet acte se heurte ou pas à la justice divine, la réponse est : « Cela se heurterait à la justice divine si cette perversion émanait de Dieu en première instance, et s’ils n’avaient rien fait précédemment qui puisse le justifier, mais dans le cas où cette perversion correspond au châtiment de la mécréance pour lequel ils ont été reconnus coupables, cela ne heurte pas la justice divine. »

Certains exégètes disent : « L’objet du fait d’en faire des guides appelant au feu est une simple image, comme celle que l’on trouve dans ce verset : ‘Ils considèrent les Anges, serviteurs du Miséricordieux, comme des femelles. Ont-ils été témoins de leur création ? Leur témoignage est consigné par écrit ; ils seront interrogés.’ (sourate Al-Zukhruf (L'ornement) ; 43 : 19). » Mais cette exégèse est incorrecte parce qu’elle ne s’accorde pas avec ce que dit le verset suivant : « Ils disent : ‘Si le Miséricordieux l’avait voulu, nous ne les aurions pas adorés.’ Ils n’en savent rien, ils ne se livrent qu’à des conjectures. » (sourate Al-Zukhruf (L'ornement) ; 43 : 20). Aussi, il est clair qu’il ne s’agit pas seulement d’une image, car au contraire, ils sont réellement, les guides menant à la déviation, et qu’en plus il n’est pas du tout évident que le mot ja‛al / جعل a pour signification l’image dans ce verset cité par les exégètes, De plus, lorsqu’Il dit : « … et, le Jour de la Résurrection, ils ne seront pas secourus. » (sourate Al-Qasas (Le récit) ; 28 : 41), il est clair que l’intercession d’aucun défenseur ne pourra les aider. « Nous les avons poursuivis d’une malédiction dans ce monde, et, le Jour de la Résurrection, ils seront au nombre des éprouvés. » (sourate Al-Qasas (Le récit) ; 28 : 42) : ce saint verset exprime l’évidence que la qualification citée à propos des pharaons dans le verset précédent dit bien : « Puisqu’ils sont des pharaons et que les autres les suivent dans la mécréance et les péchés, c’est d’ailleurs pourquoi ces derniers s’inspirent d’eux constamment en matière de déviation, de mécréance et de péché, et les suivent ; l’équivalent de la charge et du péché de ceux qui les ont suivi pendront alors également à leur cou.[10] Aussi, tant que la mécréance et le péché perdurera après eux, la malédiction de Dieu qui est sur eux perdurera également. » Ainsi, en vérité, le saint verset correspond à cet autre verset : « Ils porteront sûrement leurs fardeaux et d’autres fardeaux encore, avec leur propre fardeaux. On les interrogera, le Jour de la Résurrection, sur ce qu’ils auront inventé. » (sourate Al-‘Ankabût (L'araignée) ; 29 : 13), ainsi qu’à celui-ci : « C’est Nous qui rendons la vie aux morts. Nous inscrivons tout ce qu’ils ont fait et les conséquences de leurs actes. Nous faisons le compte de tout dans un Livre clair. » (sourate YâSîn ; 36 : 12). Et si dans le verset en question le mot la‛an /  لعن / malédiction est indéfini, c’est pour insister sur son importance et sur sa prolongation. De même, lorsqu'au Jour de la résurrection, ils n’auront l’assistance d’aucun défenseur, ils n’auront pas d’autre choix que de se trouver dans la situation qui les verra être les objets de l’exécration des cœurs des gens du Mahshar[11], alors que tous les fuiront, que personne ne s’approchera d’eux. Ce sont là ce que désignent les termes de « visage indécent et laid » utilisés par Dieu le Très-Haut lors de Ses nobles propos, propos exprimés en bien des occasions au sujet de ceux dont l’apparence sera abominable.

 

Shaytân[12] et Pharaon

 

Pharaon, qui prétend à sa propre divinité et considère les gens comme ses serviteurs, est un jour en train de se reposer. On lui apporte un plat de raisin. Pharaon en prend une grappe et porte à sa bouche, un à un, les grains verts et transparents. A ce moment apparaît un homme devant lui, un homme que Pharaon n’a jamais vu. Il ne sait par comment il est parvenu à se frayer un chemin dans le palais vide. Il cesse donc de manger son raisin et demande :

« Qui es-tu et comment es-tu arrivé ici ? »

L’inconnu répond d’une voix étrange et effrayante :

« Je suis Shaytân, Shaytân ! »

Pharaon se met à trembler. Il place derrière lui le plat de raisin qui se trouve tout près de lui et appuie ses mains sur le sol. Ainsi, il parvient à dissimuler le tremblement de son corps. Mais ses lèvres tremblent aussi et ont perdu leur couleur, des mots incompréhensibles s’en échappent. Shaytân éclate d’un rire bruyant et dit : « Tu as peur ! » Pharaon répond avec peine : « Oui, parce que je ne t’attendais pas. » Ensuite, sans pouvoir regarder le visage de Shaytân, il demande : « Pourquoi es-tu venu auprès de moi ? » Shaytân tend la main vers le plat de raisin, prend une grappe, la tient suspendue devant les yeux de Pharaon et demande : « Quelqu’un est-il capable de transformer cette grappe de raisin en une grappe de perles précieuses ? » Pharaon répond aussitôt : « Non, personne. » Shaytân, usant alors de sa magie, transforme la grappe de raisin en une grappe de perles précieuses sous les yeux de Pharaon. Celui-ci, particulièrement stupéfait, dit : « Bravo pour ta maîtrise et ton habileté ! » Shaytân jette la grappe de raisin dans le plat et avec sa main encore en l’air donne une tape violente sur la nuque de Pharaon. La violence du coup est telle que la tête de Pharaon pique en avant et que la pointe de son nez heurte le sol. Une nouvelle fois, Shaytân éclate d’un rire bruyant et dit : « Ô malheureux ! Avec cette maîtrise et cette habileté que tu vois, j’ai fuit la proximité divine et refusé la servitude. Mais toi, avec ta stupidité, comment peux-tu prétendre à la divinité ? »

 

L’anéantissement de Pharaon

 

Dieu dit finalement : « Pharaon les poursuivit avec ses armées ; le flot les submergea. » (sourate TaHa ; 20 : 78). Il voit dans la mer une voie plane, alors il y entre, à la poursuite des Banî Isrâ’îl. Toute l’armée de Pharaon entre dans la mer à sa suite. Après le passage de Mûsâ (as) et des Banî Isrâ’îl, la mer se referme et anéantit les Égyptiens à mi-chemin. Tous sombrent dans la mer, engloutis dans la gueule effrayante des flots marins. Ensuite, Dieu expose l’état de déviance de Pharaon : « Pharaon avait égaré son peuple, il ne l’avait pas dirigé. » (sourate TaHa ; 20 : 78). Cette phrase est un contre-argument solide s’opposant à cette parole que disait Pharaon : « Je ne vous dirige que sur le chemin de la rectitude. » (sourate Al-Ghâfir (Le pardonneur) ; 40 : 29). Le verset cité discrédite cette déclaration émanant de lui.

 

Différences entre le Coran, la Thora et les Evangiles au sujet de la biographie de Pharaon

 

Dans aucun des versets du Coran, il n’est question du nom du pharaon qui dirige l’Égypte à l’époque de son Excellence Mûsâ (as). L’identité de ce pharaon qui compte parmi les suppôts importants de la tyrannie, de l’oppression et de la révolte contre Dieu, reste nimbée d’un halo d’ambiguïtés. En réalité, le Coran n’est pas le seul à l’appeler Pharaon, la Thora et les Evangiles en font autant. Ces ambiguïtés ont causé le fait que durant des années, les musulmans, autant que les chrétiens et les juifs, ont cherché à découvrir l’identité de ce pharaon.

Le récit de la vie de Mûsâ (as), depuis son enfance dans la famille royale d’Égypte jusqu’à son élection à la prophétie sur la terre sacrée de Tuvâ[13], et jusqu’à la présentation des miracles face à Pharaon, est à peu près identique, y compris dans les détails, dans le Coran, la Thora et les Evangiles. La différence la plus significative qui intervient entre le récit coranique et celui des deux autres Livres célestes concerne probablement la biographie de Pharaon à partir du moment où il se lance à la poursuite de Mûsâ (as) et des Banî Isrâ’îl. En effet, ce qui arrive à Pharaon dans les deux autres Livres célestes n’est pas clairement dit, alors que Dieu déclare dans le Coran : « Nous avons fait traverser la mer aux fils d’Israël. Pharaon et ses armées les poursuivirent avec acharnement et hostilité, jusqu’à ce que Pharaon, sur le point d’être englouti, dît : ‘Oui, je crois : il n’y a de Dieu que celui en qui les fils d’Israël croient ; je suis au nombre de ceux qui lui sont soumis.’ Dieu dit : ‘Tu en es là maintenant, alors que, précédemment, tu étais rebelle et que tu étais au nombre des corrupteurs. Mais aujourd’hui, nous allons te sauver en ton corps afin que tu deviennes un Signe pour ceux qui viendront après toi. Cependant, un grand nombre d’hommes sont complètement insouciants à l’égard de nos Signes.’ » (sourate Yûnus (Jonas) ; 10 : 90 à 92) Et : « Pharaon voulut les chasser du pays, mais nous l’avons noyé, avec tous ceux qui se trouvaient avec lui. » (sourate Al-Isrâ’ (Le voyage nocturne) ; 17 : 103). Selon ces versets, non seulement Pharaon est noyé, mais son corps est enseveli sur le rivage afin de servir d’exemple pour ceux qui viendront après lui. Ceci a incité les musulmans à rechercher la momie du corps mort dans la noyade. Malheureusement, aucune de ces entreprises n’a donné de résultat satisfaisant. Parfois, certains, pensant rendre un grand service à l’islam et au Coran, s’efforcent de trouver cette momie pour grossir les preuves scientifiques qui sont faibles aujourd’hui. Bien souvent, ces efforts ont débouché sur des échecs. Néanmoins, les recherches et examens du Professeur Maurice Bucaille sur la momie de Ramsès II, qui ont prouvé que ce dernier était mort par noyade, ont semble-t-il confirmé la préservation du corps de Pharaon comme "signe" à l'issu de sa noyade.



[1] Ici, la désignation « copte » correspond à l’égyptien ancien. (texte traduit du persan ; les notes sont du traducteur et les traductions des passages du Coran de Denise Masson)

[2] Il fait bien de le préciser parce que dans le Coran il est question de Pharaon, sans article, ce qui peut donner à penser qu’il s’agit du nom du souverain égyptien.

[3] César.

[4] Fils du ciel.

[5] Aujourd’hui Tell el-Amarna.

[6] Moïse (as).

[7] D’une manière générale, lorsque les Arabes ou les Iraniens parlent de Rûm (Rome), dans un cadre islamique, ils se réfèrent à Byzance, soit à l’Empire romain d’Orient, c'est-à-dire la composante de l’Empire romain à laquelle le Prophète (s) et les musulmans des premiers temps de l’islam ont eu affaire.

[8] Ou : Je suis le plus grand parmi vos dieux !

[9] On appelle aussi cette sourate Al-Mu’min (le croyant).

[10] Car il est dit qu’au Jour de la résurrection, le livre des actes pendra au cou des êtres humains.

[11] Lieu où seront rassemblés les gens dans l’attente du jugement.

[12] Satan.

[13] Nom de la vallée sacrée, près du Sinaï, où Mûsâ (as) entend la voix de son Seigneur.

 

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