La place de la violence dans l’islam

Analysons sous forme détaillée ce que sont la place de la violence et celle de la modération dans l’islam, selon les axes ci-dessous.

 

 

1- Comportements individuels et sociaux

 

L’islam ne permet pas la violence dans les comportements individuels, sociaux et lors des relations ordinaires, il l’a interdite. Les recommandations de l’islam disant de concilier les deux parties, de mettre en œuvre la morale familiale, les recommandations concernant les voisins, le respect des droits des minorités religieuses, la sauvegarde de la dignité de l’être humain et de l’humanité, et le fait de s’abstenir de toute forme de violence lors des rapports sociaux, montrent que l’islam accorde une importance spéciale à la modération. Le Prophète de l’islam (s) s’est fait le messager de la paix et de la sérénité au regard des comportements individuels et sociaux. Les autres prophètes (as) recherchaient également les cœurs, et leur conduite pacifique a constitué l’une des stratégies particulièrement convaincantes lorsqu’il s’agissait de s’attirer les gens et de conquérir les cœurs. C’est selon ce principe que Dieu a considéré que l’une des spécificités du Prophète de l’islam (s) est la bienveillance, l’affabilité : « Tu as été doux à leur égard par une miséricorde de Dieu. Si tu avais été rude et dur de cœur, ils se seraient séparés de toi. » (Âle ‘Imrân (La famille d'Imran) ; 3 : 159).

 

Le prophète (s) a dit : « Dieu m’a ordonné la modération et la douceur avec les gens, de même qu’Il m’a ordonné d’accomplir les obligations. » Il a également dit: « L’affabilité et la bonne entente avec les gens comptent parmi la foi, tandis que le fait d’être doux avec eux consiste en la moitié de la bénédiction de la vie. » Lorsque le Prophète de l’islam (s) s’est trouvé face à la violence des autres, il n’a pas eu recours à la colère et à la violence : lorsque le Prophète (s) manifesta à Makka son appel à adorer Dieu, il dut faire face à une violente réaction des gens de Qoraych, qui ne se privèrent d’aucune forme de persécution, de torture, d’humiliation, de calomnie, le présentant comme un menteur, un sorcier, un fou, etc… Or voici ce que fut la réaction du Prophète : « Ô Dieu, pardonne à mon peuple, ils ne savaient pas. »…

 

Les Imâms (as) ne tiraient pas non plus parti de la violence dans leurs comportements individuels et sociaux. Maintes fois, des gens les ont abordés avec violence, or, leur conduite affectueuse eut une grande influence sur les gens, de telle sorte que certains non-musulmans sont devenus musulmans et que les musulmans furent attirés par les Imâms. Il a été rapporté que Son Excellence ‘Alî (as) était assis parmi ses compagnons, lorsqu’une jolie femme passa par là et attira l’attention de ceux qui étaient présents. L'Imâm dit : « Les yeux de ces hommes sont très en demande, et cela constitue le ferment de l’excitation et de l’emportement. Par conséquent, à chaque fois que l’un d’entre vous regarde une jolie femme, qu’il ait des rapports sexuels avec sa femme, car celle-ci est comme celle-là. » Un Kharijite qui se trouvait là, entendant l’Imâm, dit : « Que Dieu tue ce mécréant, même s’il est savant ! » Les compagnons se ruèrent sur lui pour le tuer. L’Imâm dit : « Calmez-vous ! Faut-il répondre à l’injure par l’injure ou par le pardon ? » Les Kharijites ont maintes fois humilié Son Excellence ‘Ali (as) et interrompu ses discours, mais l’Imâm ne réagit jamais avec colère.

 

2- Législation des décrets individuels et s’adressant aux serviteurs

 

La législation des décrets divins, et en particulier des décrets cultuels et individuels, a en islam été fondée sur la tolérance, c'est-à-dire que l’islam n’a pas légiféré sur des devoirs irréalisables, sur des difficultés insensées : « Dieu n’impose à chaque homme que ce qu’il peut porter. » (Al-Baqara (La vache) ; 2 : 286). D’autre part, toutes les formes d’embarras et de gêne ont été rejetées, comme en témoigne le hadith de la suppression, ainsi que les prescriptions islamiques supprimant la gêne et l’embarras. Le Professeur martyr Motaharî écrit : « Dans cette loi divine, en vertu de la (simplification), n’ont pas été établis de devoirs écrasants, pénibles et engendrant la gêne. « Il ne vous a imposé aucune gêne dans la Religion. » (Al-Hajj (Le pèlerinage) ; 22 : 78). Et en vertu de l’indulgence, à chaque fois que l’accomplissement des devoirs s’accompagne d’embarras et prend effet dans les complications, le devoir est annulé. Concernant le reste des décrets individuels et cultuels, le principe de tolérance a également été adopté. L’un des exemples manifestes de la tolérance religieuse est sans doute fourni par le fait qu’il est dit que le Prophète est le garant de ce type de tolérance. »

 

Motaharî écrit : « De même que Dieu n’accepte pas que Ses serviteurs souffrent, Il n’accepte pas non plus que l’on foule aux pieds les minimums requis par la religion et, en vérité, Il réagit durement face à cela. L’encouragement au bien et l’interdiction du mal forment le mécanisme permettant de réaliser les minimums requis, en particulier au niveau de la communauté religieuse. Selon ‘Alî (as), il était naturel pour le Prophète (s) d’aller au chevet des malades ; il commençait, avec bonté, générosité et indulgence, par passer un onguent sur leurs blessures, or si cela n’occasionnait aucun bien, s’ils négligeaient les minimums requis par la religion et se moquaient des décrets divins, il réagissait durement et les réprimandait, leur intimant de rester en deçà des bornes divines. Par conséquent, on ne peut se montrer indifférent et insouciant envers le respect des décrets divins, la sauvegarde de la religion et de ses valeurs. La plupart des guerres du Prophète (s) avaient pour but de sauvegarder la religion ainsi que les intérêts de tous, car les ennemis de la religion avaient pris la religion et ses dévots pour cible, de sorte que Dieu dit à Son Excellence : « Muhammad est le Prophète de Dieu. Ses compagnons sont violents envers les impies, bons et compatissants entre eux. » (Al-Fath (La victoire éclatante) ; 48 : 29).

 

L’une des stratégies importantes des Imâm (as) consistait à veiller à la pureté, au respect et à la sauvegarde de la religion. C’est afin de garder la religion que les Imâms faisaient la paix, se soulevaient, se taisaient, gouvernaient… L’Imâm ‘Alî (as) a maintes fois considéré que la constitution d’un gouvernement avait pour but la mise en œuvre des lois divines. L’un des buts de la révolte de l’Imâm Hosayn (as) était aussi de montrer que Yazîd était un ennemi de la religion et un briseur de lois. On peut ici se poser la question : « La tolérance concerne-t-elle également le principe de protection de la religion ? » Il faut dire : « L’islam n’agréé pas la tolérance regardant le principe de protection de la religion, c’est pourquoi les guides divins n’ont pas fait preuve de complaisance à l’égard de ceux qui soumettaient la religion et ses dévots à la question, et ont durement réagit face à eux, n’acceptant pas l’hypocrisie quant au principe de protection de la religion. »

 

3- Législation et mise en œuvre des lois islamiques : les châtiments religieux et le jihad

 

L’une des questions importantes consiste à se demander s’il s’agit de violence, dès lors que l’on met au point et applique des lois islamiques telles que les châtiments religieux et le jihad ? Réponse : Cette question demande que les sujets suivants soient exposés.

 

Premièrement : A l’origine, l’établissement de décrets pénaux a pour but d’empêcher les désordres, de faire régner la justice et de garantir les intérêts individuels et communs, c’est pourquoi le Coran parle de la mise en œuvre des lois pénales en employant le terme de vie (sociale) : « Il y a pour vous, une vie, dans le talion. Ô vous, les hommes doués d’intelligence ! » (Al-Baqara (La vache) ; 2 : 179). D’un autre côté, le fait de réagir face aux corrupteurs et aux briseurs de lois requiert une législation sur l’obstruction faite aux lois. En vérité, l’établissement de certaines lois a pour but de prévenir les désordres, l’illégalité, de mettre en œuvre la justice, d’instaurer la sécurité, de défendre les droits du plus grand nombre et de défendre le système légal. Combien de fois des individus dont le Coran dit qu’ils sont comme des animaux ont-ils mis en péril la sécurité des gens, sans que la bienveillance et la guidance aient le moindre effet sur eux ? Il est besoin de mesures restrictives, ce que sont ces lois pénales. En conséquence, il ne faut pas considérer les peines légales comme des cas de violence, et s’en servir pour les réfuter ou les confirmer. Et si les peines passent pour être dures, elles sont approuvées, comme les autres lois, par les citoyens, et ne comptent pas pour de la violence.

 

Deuxièmement : L’islam se munit du principe de tolérance lorsqu’il s’agit d’attribuer un crime. L’islam s’efforce d’empêcher l’attribution du crime, énonçant en cela certaines conditions, de sorte que l’on n’ait pas recours à la loi. Pour prouver le crime d’adultère par exemple, il faut au minimum comme condition que quatre témoins dignes de foi puissent attester de ce crime.

 

Troisièmement : La règle du doute concernant les châtiments religieux exprime la bienveillance et la miséricorde divines. Cette règle est très employée en matière de jurisprudence, en ce sens que tout type de probabilité de doute empêche la mise en œuvre des châtiments divins. Le Saint Législateur aurait pu produire ses décrets sous une autre forme, afin que le crime puisse être aisément établi et les lois mises en œuvre, or, le fait que l’établissement du crime comporte des clauses montre que la bonté divine a pris le pas sur Son courroux : « Ma miséricorde s’étend à toute chose. » (Al-A‛râf ; 7 : 156), « Nous t’avons seulement envoyé comme une miséricorde pour les mondes. » (Al-Anbiyâ’ (Les prophètes) ; 21 : 107).

 

Quatrièmement : Les plans visant à effacer la violence : en islam, la mise en œuvre des lois pénales ne constitue pas la première mesure, mais plutôt la dernière. Dans la pensée religieuse, le pouvoir comporte le devoir d’adopter des politiques raisonnables visant à l’effacement de la pauvreté en supprimant notamment les amendes pour faute économique. L’Imâm ‘Alî (as) a dit à Mâlek Ashtar : « Fais parvenir un salaire suffisant à tes agents afin de les aider à réformer leur âme et de les rendre indépendants afin qu’ils évitent de faire main basse sur les biens des gens, dont ils ont la charge. » De même, le pouvoir a le devoir de prêter attention aux enseignements moraux par la mise en œuvre de politiques culturelles d’envergure et celui de veiller à la propagation des croyances religieuses comme celle consistant à mettre Dieu au centre de tout, la foi en la vie future, la quête de spiritualité, qui constituent des facteurs importants d’effacement de la criminalité. Le fait de faciliter le mariage, les programmes constructifs destinés à fortifier le système familial… constituent une autre des missions du pouvoir. La surveillance publique que l’on appelle « encouragement au bien et interdiction du mal » joue un rôle fondamental dans la lutte contre le crime. D’autre part, les chefs religieux ont également le devoir de supprimer les facteurs de crime par la guidance et l’exhortation. En islam, le crime est une sorte de maladie dont la prévention dispose d’une importance particulière.

 

Cinquièmement : Le pardon public émanant du juge musulman et le repentir émanant de celui qui a fauté constituent deux facteurs importants permettant de prévenir la mise en œuvre des châtiments religieux. Si certaines lois pénales islamiques, comme le fait que l’aveu doive être établi et que le prévenu se repente, ne suffisent pas, le juge pénal peut, dans l’intérêt de l’individu et de la société, accorder le pardon à certains contrevenants.

 

Par conséquent, l’établissement de lois pénales et leur mise en œuvre ne constituent pas des actes de violence, l’établissement de ce groupe de lois ayant pour but de prévenir l’illégalité, la violation des droits individuels et collectifs, et comportant en cela des buts éducatifs et moraux. En islam, ni les lois pénales ni les châtiments n’ont la vengeance pour but, ils constituent au contraire un moyen de vivifier l’humanité et de purifier la société du désordre. C’est peut-être pour cela que l’Imâm Sâdeq (as) considérait que le fait de fixer des limites concernant l’eau de pluie donnait vie à la société et suscitait la propreté : « Si l’une des limites divines trouve sa place sur terre, cela apporte davantage de propreté et de profit qu’une pluie qui tomberait quarante jours de suite. »

 

L’établissement de lois relatives au jihad et à la défense ne constitue pas non plus en islam des attestations de violence. Il ne fait pas de doute que les guerres illégales représentent les plus horribles des phénomènes pour lesquels tout le monde a du dégoût, l’islam les juge également illégales, appelant tout le monde à la paix et à la concorde. Le fait que l’islam recommande la paix montre que l’islam est pacifique et n’a pas établi de décrets violents, car entre l’appel à la paix et l’approbation de la violence se trouve un paradoxe. Les lois défensives de l’islam ont été établies en vue de la défense de la vie, des biens, de la défense face aux violations étrangères, de la défense du système… et assignent une approche raisonnable de la loi. D’autre part, la défense de la vie et des biens est naturelle et concorde à la création même. Les abeilles se défendent. Ce qui est légitime en islam, c’est la défense.

 

En islam, la défense reste le phénomène le plus précieux, ce que stipulent les versets du Coran (Al-Baqara (La vache) ; 2 : 194) et les hadiths. L’Imâm ‘Alî (as) a cité le jihad comme un facteur de respect, permettant notamment de préserver sa force face à l’ennemi, il a été cité comme étant l’une des portes du Paradis tandis que le fait d’abandonner le jihad est considéré comme le ferment de l’humiliation. L’islam ne permet pas l’humiliation et la reddition vis-à-vis des tyrans : « Ô Prophète ! Combats les incrédules et les hypocrites ; sois dur envers eux ! » (Al-Tawba (Le repentir) ; 9 : 73), « Soyez hostiles envers quiconque vous est hostile, dans la mesure où il vous est hostile. » (Al-Baqara (La vache) ; 2 : 194). La défense des opprimés que l’islam a recommandée vaut également pour soi et pour les sages, ce qui est une question de bon sens. Les opprimés faisant l’objet de l’excès des tyrans, leur existence se trouvant exposée à l’anéantissement, ils ont le droit de réprimer les agresseurs, de prendre les armes, et de repousser la malfaisance.

 

Dans le Coran il est également ordonné de mettre en œuvre les décrets de façon catégorique : « N’usez d’aucune indulgence envers eux afin de respecter la Religion de Dieu. » (An-Nûr (La lumière) ; 24 : 2). Le Prophète de l’islam (s) mettait également en œuvre les décrets de manière absolue. Une femme parmi les nobles de Qoraysh commis un vol touchant Fatima Makhzûmî. L’envoyé de Dieu ordonna que la sentence soit appliquée. Osâma ibn Zayd vint auprès de lui et le supplia de lui pardonner. Le Prophète (s) dit : « J’en jure par Dieu, si ma fille venait à voler, je lui couperais la main et je ne tolèrerais aucune différence parmi les gens en ce qui a trait à l’exécution des châtiments religieux. » Le Prophète (s) considérait que l’une des spécificités de l’Imâm ‘Alî (as) était sa manière catégorique de mettre en œuvre les décrets : un groupe de compagnons du Prophète (s) vint se plaindre auprès de lui au sujet de la dureté de ‘Alî (as) concernant le trésor public. Le Prophète (s) dit : « Evitez de médire de ‘Alî (as) car il ne craint pas de mettre en œuvre des ordres de Dieu, et il est dur en cela. Les hypocrites n’ont pas leur place dans la religion de Dieu. »

 

L’Imâm ‘Alî, (as) ne faisait pas de facilités regardant la mise en œuvre des lois divines. Il dit : « Il ne sera avec moi jamais question de compromis et de ménagement lorsqu’il s’agit d’innovation et d’abandon de la Sunna du Prophète (s). » De même, Son Excellence appliqua la sentence concernant Najâshî, son compagnon. Sa réaction envers son frère ‘Aqîl, son blâme et la mise à pieds de ses administrateurs ayant abusé du trésor public témoignent de sa fermeté lorsqu’il s’agit des lois divines. Ceux qui ne sont pas familiarisés avec la logique musulmane et ne la maîtrisent pas ignorent que l’islam emploie la logique de l’amour à sa juste place, à un haut niveau. On entend souvent cette idée que la religion du Christ est la religion de l’amour, la religion du bien et du pardon. Pourquoi ? Cela est dû au fait que Son Excellence le Christ a dit : « Si on te frappe la joue droite, tends la joue gauche », tandis que la religion islamique serait la religion de la violence, la religion de l’austérité, la religion de l’épée, une religion dans laquelle n’existerait aucune forme de clémence, une religion dénuée d’amour. Ces choses sont dites et répétées un peu partout.

 

Il s’agit là d’une grande erreur. L’islam est à la fois la religion de l’épée et à la fois la religion de l’amour, à la fois la religion de la violence et à la fois la religion de la douceur. La violence est prescrite à sa juste place, et la douceur à la sienne, et c’est là que résident la majesté et l’importance de l’islam. Si l’islam n’était pas ainsi, s’il ne disait pas : « Répondez à la force par la force, répondez à la logique par la logique, usez d’amour lorsqu’il s’agit d’amour et usez même d’amour dans le cas contraire », nous ne l’aurions pas accepté. L’islam ne dit jamais : « Si l’on ta giflé d’un côté, tends l’autre joue. » L’islam emploie l’amour à prime abord, et là où l’amour est inutile, il ne se tait ni ne s’assied. ‘Alî (as) dit à propos du Noble Prophète (s) : « Il est le médecin du voyageur, un médecin ayant l’onguent dans une main et le scalpel dans l’autre, là où il peut traiter avec l’onguent, il étend l’onguent, et là où l’onguent est inutile, il emploie le scalpel ; il se sert des deux, il emploie tant la douceur que les grands moyens. » Ceux qui disent que l’islam n’est que guerre doivent considérer que sur les vingt-trois années que dura la mission du Noble Prophète, les treize années passées à Makka furent celles du pardon.

Traduction Denise Masson.

Idem.

Idem.

Idem.

Idem.

Idem.

Idem.

Idem.

Idem.

Idem.