La biographie et les enseignements de son Excellence ‘Isâ (as) (2)

Le début de la mission, à Jalîl[1]

 

Peu avant le moment où Yahyâ[2] (as) est incarcéré, ‘Isâ[3] (as) passe la rivière Urdun[4], se rend en Jalîl / Galilée, et conformément à ce que rapporte l’apôtre Marqus[5], il prédit la bonne nouvelle de Dieu en ces termes : « Le temps est achevé et le royaume des cieux est proche, alors repentez-vous et ayez foi en ce que vous annonce l’Evangile. » Ses paroles suscitent une telle confiance, une telle certitude chez les gens que quatre parmi les apôtres, c'est-à-dire Petros[6] et son frère Ândreas[7], Ya‛qûb[8] et son frère Yuhannâ[9], fils de Zâbedî[10], qui sont tous des pêcheurs et se trouvent sur le rivage, laissent-là leurs filets et s’empressent de le suivre. A cette époque, le lac de Jalîl[11] est bordé de villes très peuplées comme Tabarîya[12] et Capharnaüm entre autres. ‘Isâ (as) débute sa mission prophétique dans ces villes et fait de Capharnaüm sa résidence, car c’est en effet là que se trouve la maison de Petros. Au début, il commence par tenir des discours et des prédications dans les synagogues. Cependant, lorsque la foule des gens se rassemblant autour de lui est telle que la synagogue n’est plus en mesure de la contenir, il se rend alors au bazar, ou dans les champs qui bordent la ville, afin de se livrer à ses prédications. Le premier chapitre de l’Evangile selon Marqus contient le récit de la vie de ‘Isâ (as) lors du premier jour du sabbat, dans la ville de Capharnaüm :

Tout d’abord ce chapitre nous indique que ‘Isâ (as) arrive le jour du sabbat et commence à dispenser son enseignement. Visiblement, il existe dans cette ville plusieurs lieux de culte. ‘Isâ (as) se rend dans celui où on l’a invité. L’intérieur de la synagogue est très simple et dénué d’ornementation. Les adorateurs se tournent vers le temple d’Ûrshalîm[13] de là où ils se trouvent. Face à eux, on a édifié une plate-forme surélevée sur laquelle on a construit une chaire pour s’adonner à la récitation. Dans l’un des angles de la synagogue, on a placé des coffres contenant les rouleaux des Ecritures saintes (la Thora). Ils sont recouverts d’un pan de tissu et au-dessus d’eux sont suspendues des lampes toujours étincelantes. Au moment de la cérémonie d’adoration, plusieurs endroits sont réservés aux aînés et aux patriarches parmi les Pharisiens, qui ainsi prennent place face aux adorateurs. Là, les voix s’unissent pour répéter le mot « vous », ce qui correspond à une phase essentielle de leur rite. Parfois, les adorateurs se tiennent debout et c’est à ce moment que le chef de la synagogue se met à réciter les invocations et les demandes de recours. Les croyants se doivent de les répéter selon l’ordre qui convient. Ensuite, le bibliothécaire sort les rouleaux de la Thora du coffre et les dispose dessus, puis en récite plusieurs chapitres. Il commence par les lire en hébreu, puis il en répète la traduction en araméen. Pour finir, le chef, ou celui qui a été invité à le faire, se lève et s’adresse à l’assemblée pour l’exhorter et la guider. Apparemment, c’est de cette façon que se passe le premier sermon que fait ‘Isâ (as) à Capharnaüm. Cet Evangile nous précise que lorsqu’il commence à prendre la parole, tous les auditeurs restent d’abord perplexes. Ils sont stupéfaits par la signification de ses enseignements. « Ils étaient frappés de sa doctrine ; car il enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes. » (Evangile selon Marc ; 1 : 22). Nous comprenons qu’il délivre son message inspiré avec clarté et audace, car il provient de l’intime de son cœur. Ce n’est pas la litanie habituelle que propose le style convenu des scribes. Et puis se produit un événement sensationnel, car il se trouve dans l’assemblée présente, un homme que tout le monde croit possédé par Shaytân[14] parce qu’il manifeste des états surnaturels, tant physiques que mentaux. C’est d’ailleurs ainsi que l’on considérait à cette époque certaines maladies mentales. Soudain, cet homme coupe court au discours de ‘Isâ (as) et dit en criant : « ‘Qu'y a-t-il entre nous et toi, Jésus de Nazareth ? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es : le Saint de Dieu.’ Jésus le menaça : ‘Tais-toi, et sors de cet homme.’ Et l'esprit impur sortit de cet homme, en l'agitant avec violence, et en poussant un grand cri. » (Evangile selon Marc ; 1 : 24 à 26).

Il semble que ‘Isâ (as) lui-même soit à ce moment-là autant surpris que les autres par cette capacité de guérison qui lui a été donnée (ceci apparaît clairement dans ce qu’il accomplit le lendemain matin, lorsqu’il guérit une grande partie des malades et des démoniaques de la ville)[15]. Afin de juger de cet événement, il est nécessaire de garder constamment à l’esprit que ‘Isâ (as), comme les autres gens de son époque, lorsqu’il diagnostique les maladies mentales, ne doute pas, et même croit fermement que la cause de ces maladies est due à l’emprise de la puissance impure de Shaytân sur l’esprit de ces malades. Ses auditeurs n’en doutent pas non plus, comme nous pouvons le lire dans ce passage de l’Evangile selon Marc : « Tous furent saisis de stupéfaction, de sorte qu'ils se demandaient les uns aux autres : ‘Qu'est-ce que ceci ? Une nouvelle doctrine ? Il commande avec autorité même aux esprits impurs, et ils lui obéissent !’ » (Evangile selon Marc ; 1 : 27). Quoi qu’il en soit, le nom de ‘Isâ (as) acquiert rapidement de la popularité aux quatre coins de la Galilée. Ensuite, Marqus rapporte qu’après l’exhortation dans la synagogue, ‘Isâ (as) se rend avec ses disciples dans la maison de Petros où la belle-mère de ce dernier est alitée avec de la fièvre. ‘Isâ (as) va à son chevet, lui prend la main, la lève, et à l’instant même la fièvre quitte la malade. Elle se met alors à les servir. Suite à cela se produit l’un des événements essentiels survenus les premiers jours de la mission prophétique de ‘Isâ (as) : « Le soir, après le coucher du soleil, on lui amena tous les malades et les démoniaques. Et toute la ville était rassemblée devant sa porte. Il guérit beaucoup de gens qui avaient diverses maladies... » (Evangile selon Marc ; 1 : 32 à 34). Il est important de noter que ‘Isâ (as) ne peut guérir les gens que par la force de leur propre foi. Sa probité parfaite lui fait nier que cette force lui est inhérente. A toute personne guérie, il dit : « Va en paix, et ne pèche plus. C’est ta foi qui t’a sauvé. » Le fait que ‘Isâ (as) soit troublé par sa force extraordinaire et par la renommée qu’elle lui procure, apparaît dans ce récit de l’Evangile : « Vers le matin, pendant qu'il faisait encore très sombre, il se leva, et sortit pour aller dans un lieu désert, où il pria. Simon[16] et ceux qui étaient avec lui se mirent à sa recherche ; et, quand ils l'eurent trouvé, ils lui dirent : ‘Tous te cherchent.’ Il leur répondit : ‘Allons ailleurs, dans les bourgades voisines, afin que j'y prêche aussi ; car c'est pour cela que je suis sorti.’ » (Evangile selon Marc ; 1 : 35 à 38). Cependant, il lui arrive dans les autres villes la même chose qu’à Capharnaüm. Après quelques jours, il ne peut plus faire son entrée publiquement dans une ville, alors il se rend au contraire en des lieux éloignés et déserts. Pourtant, les gens ne cessent d’arriver de toutes parts, sa renommée grandit, sa popularité s’accroît. Les gens accourent auprès de lui, un grand avenir se dessine pour lui et tous ont de grandes attentes à son propos. Aussi, en retournant à Capharnaüm, selon ce que dit Marqus : « Il s'assembla un si grand nombre de personnes que l'espace devant la porte ne pouvait plus les contenir. » (Evangile selon Marc ; 2 : 2). A un autre moment, tant de personnes se sont attroupées dans la maison qu’il n’est même plus possible d’y préparer la nourriture. Dans une autre circonstance encore, la foule sur la rive du lac est telle, et la pression sur lui si forte que ‘Isâ (as) dit à ses disciples de lui préparer une embarcation pour éviter que la cohue ne le recouvre. « Jésus se mit de nouveau à enseigner au bord de la mer. Une grande foule s'étant assemblée auprès de lui, il monta et s'assit dans une barque, sur la mer. Toute la foule était à terre sur le rivage. » (Evangile selon Marc ; 4 : 1). Et c’est ainsi qu’il leur dispense son enseignement.

 

Levée de l’opposition et voyage vers le nord

 

Le bouillonnement des sentiments, l’exaltation et le mouvement qui se font jour parmi les gens sur le passage de ‘Isâ (as) dans les villes et les bourgades de Jalîl / Galilée, attirent sur lui l’attention des Pharisiens et des Sadducéens à Ûrshalîm / Jérusalem. Le premier groupe, à titre de gardien de la Loi et le second, à celui de gardien du Temple, sont inquiets. Aussi, ils envoient des espions dans le nord afin d’enquêter sur ‘Isâ (as). Ils font des recherches à son propos et sur ce qu’il dit, et font leur rapport avec tout ce qu’ils ont pu collecter comme informations. Lorsque ces courriers parviennent à Ûrshalîm, ils divergent les uns des autres. Pour cette raison, plusieurs Pharisiens et Sadducéens sont désignés pour se rendre en Galilée pour le voir en personne et s’opposer à lui. Les controverses verbales qui ont lieu entre eux et ‘Isâ (as) se produisent fréquemment. Elles apparaissent clairement dans les avertissements et les enseignements de ‘Isâ (as). L’une de ces controverses est particulièrement éminente. Elle se produit alors que les disciples traversent avec ‘Isâ (as) un champ de blé le jour du sabbat. Au moment où les disciples commencent à récolter des épis, les Pharisiens demandent à ‘Isâ (as) : « Voici, pourquoi font-ils ce qui n'est pas permis pendant le sabbat ? » Jésus leur répond : « Le sabbat a été fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat, de sorte que le Fils de l'homme est maître même du sabbat. » (Evangile selon Marc ; 2 : 24, 27 et 28). Evidemment, les Pharisiens ne peuvent désavouer cette vérité ainsi exposée, cependant, ils n’apprécient pas cette franchise et ces paroles explicites. De la même manière, les médecins n’ayant pas le droit d’ausculter les malades le jour du sabbat, lorsque ‘Isâ (as) prend le temps de guérir des malades ce jour-là, les Pharisiens protestent et lui ordonnent de répondre de cet acte qui s’oppose à la Loi. Une autre fois encore, ils observent que certains de ses disciples mangent sans se conformer aux règles officielles qu’exige la Loi, c’est pourquoi ils accusent ‘Isâ (as) de négligence et de faiblesse. Jésus leur rétorque : « ‘Écoutez-moi tous, et comprenez. Il n'est hors de l'homme rien qui, entrant en lui, puisse le souiller; mais ce qui sort de l'homme, c'est ce qui le souille. Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende.’ Lorsqu'il fut entré dans la maison, loin de la foule, ses disciples l'interrogèrent sur cette parabole. Il leur dit : ‘Vous aussi, êtes-vous donc sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui du dehors entre dans l'homme ne peut le souiller ? Car cela n'entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, puis s'en va dans les lieux secrets, qui purifient tous les aliments.’ Il dit encore : ‘Ce qui sort de l'homme, c'est ce qui souille l'homme.’ » (Evangile selon Marc ; 7 : 14 à 20). Ce qui met les Pharisiens en colère par-dessus tout, c’est cette liberté complète qu’affiche ‘Isâ (as) lorsqu’il interprète la Loi de Mûsâ[17] (as) et les Livres des prophètes (as), y apportant des exégèses et des modifications sans faire cas des traditions juives. La formulation que Mattâ[18] enregistre dans son Evangile, sous le nom de « Discours sur la montagne » de ‘Isâ (as) est celle-ci : « Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens… Mais moi, je vous dis que… » (Evangile selon Matthieu ; 5 : 21 et 22). C’est la manière dont ‘Isâ (as) interprète la Loi ancienne et ce qu’il dit à son propos, avec force et détermination. Certains Pharisiens écoutent ses paroles avec attention et dès lors s’emploient à lui mettre des bâtons dans les roues. Ils font circuler des paroles dépourvues de sens à propos de lui. Ils disent que l’éloquence du langage de ‘Isâ (as), le fait qu’il soit capable d’éloigner toutes ces créatures des traditions des Pharisiens pour les rassembler autour de lui, ainsi que cette argumentation des versets de la Thora, si l’on y regarde plus précisément, et avec davantage de recul, prouvent qu’un esprit malfaisant s’est frayé un chemin jusqu’à son âme. Et que cette bonne foi apparente, cette sérénité de circonstance affichée, sont le résultat de son hypocrisie. Et qu’en réalité, il se dresse contre les traditions et les commandements divins, il se révolte contre la Loi de Mûsâ (as) et égare sa communauté. La rumeur de la possession de ‘Isâ (as) se répand à Nâsara[19] plus qu’ailleurs. Lorsqu’au cours d’un voyage ‘Isâ (as) se rend dans sa ville natale, il prononce un sermon le jour de sabbat dans la synagogue locale. Il s’étonne de la faiblesse de la foi et de l’indécision des habitants de cette ville. Il dit : « Aucun prophète n’est sujet à l’irrespect, sauf dans sa patrie, parmi les siens, dans sa propre maison… Il s’étonna de leur absence de foi et se rendit dans les villages alentours, afin d’y enseigner. » L’apôtre Marqus rapporte que précédemment, les proches parents de ‘Isâ (as) étaient venus à Capharnaüm pour le retenir. Ils dirent : « Il est ensorcelé. » Or, voici ce qui a mis fin à ces paroles : Les frères et la mère de ‘Isâ (as) arrivèrent et se tinrent debout devant la maison. Ils envoyèrent quelqu’un le mander. A ce moment, une assemblée prit place autour de lui. On lui dit : « Là, maintenant, ta mère et tes frères sont dehors. Ils te demandent. » Il leur répondit : « Qui est ma mère ? Et qui sont mes frères ? » Là, il regarda ceux qui étaient assis autour de lui et dit : « Ce sont ceux-là, ma mère et mes frères, car chacun de ceux qui accomplissent la volonté de Dieu, ce sont eux mon frère, ma sœur, ma mère. »

La seule réponse pour plaider pour lui-même que ‘Isâ (as) fait à la calomnie disant qu’il est possédé par Shaytân, est lorsqu’il dit : « Comment Satan peut-il chasser Satan ?... Si donc Satan se révolte contre lui-même, il est divisé, et il ne peut subsister, mais c'en est fait de lui. » (Evangile selon Marc ; 3 : 23 et 26). Il est évident que les Pharisiens n’acceptent pas cet argumentation de ‘Isâ (as) et ne la tiennent pas pour véridique. La communauté des Zélotes présents dans la région de Jalîl se détourne également de lui à cause des paroles suivantes : « Celui qui tire l’épée de son fourreau périra par l’épée. » Aussi, malgré cette pensée pacifiste, l’ensemble des actes qu’il accomplit, l’intérêt que les gens lui portent, et malgré ces hauts enseignements spirituels et moraux, ils ne le considèrent toujours pas comme le Messie attendu. C’est pourquoi, petit à petit, la plupart des gens se mettent à douter à son propos, à perdre espoir en lui, et à s’éloigner de lui. Les ennemis de ‘Isâ (as) redoublent leurs attaques et leurs protestations, cherchant même à attenter à sa vie. Dans une telle conjoncture, ‘Isâ (as) prend la route du nord-ouest, se rendant d’abord à Sûr[20] et à Saydûn[21], qui se trouvent toutes les deux hors de Filistîn[22], pour voyager ensuite dans le sud de Shâm[23]. Il est clair que par cet exil, cette émigration loin de la patrie, ‘Isâ (as) entend attendre qu’une bonne occasion se présente pour prendre une décision importante, cruciale, au sujet de sa prophétie, ce à quoi il prépare ses disciples.

Partout où il se rend, ses douze apôtres l’accompagnent. Lorsqu’il atteint la ville de Qaysariya Philipî[24] (la capitale de Philippe), se produit le récit du célèbre aveu de Petrus.

Voici ce qui arrive. « Jésus demanda à ses disciples : ‘Qui dit-on que je suis, moi, le Fils de l'homme ?’ Ils répondirent : ‘Les uns disent que tu es Jean Baptiste ; les autres, Élie ; les autres, Jérémie, ou l'un des prophètes.’ ‘Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis ?’ Simon Pierre répondit : ‘Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.’ » (Evangile selon Matthieu ; 16 : 13 à 16). L’Evangéliste poursuit : « Alors il recommanda aux disciples de ne dire à personne qu'il était le Christ. Dès lors Jésus commença à faire connaître à ses disciples qu'il fallait qu'il allât à Jérusalem, qu'il souffrît beaucoup de la part des anciens, des principaux sacrificateurs et des scribes, qu'il fût mis à mort, et qu'il ressuscitât le troisième jour. » (Evangile selon Matthieu ; 16 : 20 et 21). Cependant, les douze apôtres n’acceptent pas ces paroles et l’apôtre Petrus entend l’empêcher de se mettre en chemin. Alors ‘Isâ (as) revient sur ses pas, regarde ses disciples et les réprimande. Puis, il se remet en route pour Ûrshalîm, arrivant au Temple le jour de la Pâque.

 

Les souffrances de ‘Isâ (as) et sa crucifixion

 

A ce moment de l’année, l’assemblée des pèlerins juifs convergent des quatre coins du monde environnant vers le grand Temple d’Ûrshalîm afin d’accomplir les cérémonies annuelles du grand rite. Pilâtus[25], le gouverneur romain arrive également à Ûrshalîm en provenance de la ville côtière de Qaysariya, afin de veiller sur l’ordre public et de prévenir toute révolte ou débordement éventuel. Herodius Ântîpâs, le roi juif voyage lui aussi de Jalîl à Ûrshalîm pour participer aux cérémonies de la Pâque et accompagner les croyants juifs lors de leur rite d’adoration. Tous les caravansérails sont bondés. Les Galiléens n’ont pas d’autre choix que celui de monter leurs tentes dans la vallée qui se situe entre la ville et le mont Zaytûn[26]. Et c’est à l’intérieur de ces tentes qu’ils vivent durant cette période. ‘Isâ (as) emprunte un ânon et se met en route en compagnie de ses apôtres, de la montagne vers la ville. Les Galiléens l’accueillent avec des cris de joie et étendent sous ses pas des palmes de dattier. « Lorsqu'il entra dans Jérusalem, toute la ville fut émue, et l'on disait : ‘Qui est celui-ci ?La foule répondait : ‘C'est Jésus, le prophète, de Nazareth en Galilée.’ » (Evangile selon Matthieu ; 21 : 10 et 11).

« Ils arrivèrent à Jérusalem, et Jésus entra dans le temple. Il se mit à chasser ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple ; il renversa les tables des changeurs, et les sièges des vendeurs de pigeons ; et il ne laissait personne transporter aucun objet à travers le temple. Et il enseignait et disait: N'est-il pas écrit : ‘Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations ? Mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs. » (Evangile selon Marc ; 11 : 15 à 17). Visiblement, cet acte est approuvé par le public, si bien que les prêtres du Temple ne trouvent rien à y redire et se voient contraints de garder le silence. Les grands prêtres, les chefs des scribes et les dirigeants juifs décident de l’empêcher d’aller plus loin. Ils commencent par l’insulter, à lui jeter des injures, dans l’espoir de le discréditer au regard des gens. Durant les quelques jours où ‘Isâ (as) exhorte les gens dans le Temple, ils s’efforcent de chicaner sur ce qu’il dit, de susciter une opposition pour le voir accusé de mécréance. Cependant, il ne leur fournit aucun prétexte et invite continuellement les gens simples à se rassembler autour de lui, et à considérer sa prophétie comme l’introduction au royaume des cieux. Aussi, tous lui prêtent une oreille enthousiaste. Les ennemis de son degré et de sa dignité lui demandent, perplexes : « ‘Est-il permis, ou non, de payer le tribut à César ?’ Jésus, connaissant leur hypocrisie, leur répondit : ‘Pourquoi me tentez-vous ?… Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.’ Et ils furent à son égard dans l'étonnement. » (Evangile selon Marc ; 12 : 14, 15 et 17). Il apparaît cependant que progressivement, le plateau de la balance de la contestation et de l’opposition contre ‘Isâ (as) s’alourdit, ce qui affecte de plus en plus les gens. Ceux qui dépendent d’Herodius se joignent aux opposants. C’est ce qui fait que ‘Isâ (as) commence à s’adresser à son auditoire sous la forme de paraboles et de récits, il leur dit que Dieu conviera en premier le peuple juif à un festin, et parce qu’ils déclineront l’invitation du Seigneur, Il en appellera d’autres à Sa table… Dans l’Evangile, nous pouvons lire que ‘Isâ (as), s’adressant aux Pharisiens et aux Sadducéens, leur dit que les exacteurs et les prostituées entreront dans le royaume de Dieu avant eux, car ils n’ont pas eu foi en Yahyâ (as), tandis que les exacteurs et les prostituées ont eu foi en lui… « C'est pourquoi, je vous le dis, le royaume de Dieu vous sera enlevé, et sera donné à une nation qui en rendra les fruits. » (Evangile selon Matthieu ; 21 : 43).

Les quatre évangélistes sont unanimes sur un point : lorsque ‘Isâ (as) réalise le degré d’opposition et d’hostilité de ses ennemis, il considère qu’ils complotent en vue de son assassinat, et il sait qu’il doit donc se préparer à la mort. Tous, lorsqu’ils narrent les événements, reflètent l’affection, l’enthousiasme et la ferveur des chrétiens de la première époque. Ils ont consigné avec beaucoup d’attention les dernières heures de ‘Isâ (as), relatant le dernier repas pris avec ses disciples, le dernier soir, dans une échoppe du bazar d’Ûrshalîm. Ainsi, conformément à ce que prétendent les premiers chrétiens, non seulement ‘Isâ (as) sait à l’avance qu’il va être assassiné par ses opposants, mais il sait même le nom de celui qui va le trahir et le vendre. C’est pourquoi il organise une petite réunion, toute simple, souhaitant partager un repas avec ses disciples pour la dernière fois. Il entend ainsi préparer les apôtres à se trouver séparés de lui. Nous trouvons dans l’Evangile : « Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain ; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le donna aux disciples, en disant : ‘Prenez, mangez, ceci est mon corps.’ Il prit ensuite une coupe; et, après avoir rendu grâces, il la leur donna, en disant : ‘Buvez-en tous ; car ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui est répandu pour plusieurs, pour la rémission des péchés.’ » (Evangile selon Matthieu ; 26 : 26 à 28). Un peu plus tard, dans le jardin dit de Gethsémani, l’un des disciples nommé Yahûdâ Iskharyûtî[27], le livre à un groupe armé de bâtons et d’épées lancé à la poursuite de ‘Isâ (as). Ils ont été envoyés après lui par le chef des prêtres. Par la suite, ils amènent ‘Isâ (as) auprès de l’assemblée des prêtres et des membres du conseil. Tous le jugent coupable de mécréance et le condamne à l’exécution. Ils le conduisent ensuite auprès de Pilatus le Romain et lui demandent de statuer sur son cas. Ce dernier l’envoie auprès d’Herodius Ântîpâs, le gouverneur de Jalîl. Certaines sources rapportent que Pilatus s’efforce considérablement afin que ‘Isâ (as) soit au contraire libéré. A ceux qui se sont rassemblés dans la cour de sa demeure, et qui scandent le nom de Barabbas le brigand pour le libérer, il tente de suggérer qu’il soit pardonné à ‘Isâ (as), mais les gens le considèrent comme un sectateur, aussi, ils préfèrent que Barabbas soit libéré plutôt que ‘Isâ (as). Pilatus se soumet donc à leur choix et autorise que ‘Isâ (as) soit crucifié sur la croix. Il est trois heures de l’après-midi lorsqu’on l’amène au pied de la croix. Tous l’ont abandonné, hormis quelques femmes qui l’accompagnent jusqu’à la dernière minute et portent son deuil. L’assemblée qui l’entoure pousse des cris, tandis qu’il fait une invocation pour eux : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. » (Evangile selon Luc ; 23 : 34). Plus tard, il dit d’une voix forte : « Éli, Éli, lama sabachthani ? C’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » (Evangile selon Matthieu ; 27 : 46). C’est à ce moment qu’il rend l’âme. Selon la croyance des chrétiens, qui ont pris la croix comme symbole de la foi en lui, comme emblème de la sainteté et comme signe de vénération, ‘Isâ (as) supporte la souffrance afin d’expier les fautes de ceux de sa race et qu’ils soient pardonnés. D’après eux, ‘Isâ (as) incarne l’exemple ultime et parfait du sacrifice pour l’amour de Dieu. Aussi, pour que son corps ne demeure pas sur la croix le jour du sabbat, un homme fortuné nommé Yûsuf Ârîmâtyâ[28], membre du conseil des prêtres, fait placer son corps dans le tombeau neuf qu’il s’était fait creuser pour lui, fait poser une grosse pierre ronde pour en obstruer l’entrée, et s’en va.

(A suivre…)



[1] Galilée : nom donné à la chaîne de montagnes située au nord de la Palestine, du côté de Homs, dans une vallée de laquelle est situé Nazareth. (Texte traduit du persan. Les notes sont du traducteur, les traductions des passages du Coran sont de Denise Masson et les passages des Evangiles proviennent de la Bible de Louis Segond, 1910).

[2] Jean le Baptiste (as).

[3] Jésus (as).

[4] Le Jourdain.

[5] Marc.

[6] Simon Pierre. Butros en arabe (où l’on ignore le ‘p’), dérivé du grec (Petrus en latin).

[7] André.

[8] Jacques.

[9] Jean.

[10] Zébédée.

[11] Le lac de Tibériade.

[12] Tibériade.

[13] Jérusalem.

[14] Satan.

[15] Il va prier tout seul, à l’écart.

[16] Lorsqu’il est question de Simon, il s’agit en réalité de celui que l’on surnomme traditionnellement Pierre, nom qu’il a reçu de Jésus (as) d’après l’appellation symbolique de kepha qui désigne la pierre en araméen, lorsqu’il lui dit selon l’Evangile : « Tu es pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église. »

[17] Moïse

[18] Matthieu.

[19] Nazareth.

[20] Tyr.

[21] Sydon ou Saïda, actuellement au Liban.

[22] Palestine.

[23] Syrie. C’est aussi le nom arabe de Damas.

[24] Césarée de Philippe.

[25] Pilate.

[26] Le mont des Oliviers.

[27] Judas Iscariote.

[28] Joseph d’Arimathie ou d’Arimathée.

 

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